Le nucléaire est-il une énergie d’avenir ? C’est la question qui a agité la majorité ces derniers jours…

Oui, parce que cette affirmation « le nucléaire est une énergie d’avenir » faite par le ministre du redressement productif est une affirmation piégée, ou piégeuse. Arnaud Montebourg a bien essayé de se justifier en affirmant (ce qui est vrai) que cette filière industrielle est une des spécialités françaises, que nos entreprises dans ce domaine sont performantes et que la technologie nucléaire est un secteur d’exportation pour la France. En ce sens, le nucléaire a une forme d’avenir. Mais, l’avenir du nucléaire, il est dans la sécurisation, la miniaturisation, l’optimisation de la production de cette énergie, non pas dans son développement et dans son expansion. Le plus gros marché d’avenir du nucléaire se situe d’ailleurs sans doute dans le démantèlement des vieilles centrales à travers le monde et dans le traitement des déchets. Un savoir-faire encore incertain et qui sera de plus en plus utile. L’Allemagne est sur la voie de la sortie du nucléaire, la plupart des grands pays producteurs de nucléaire sont en passe de réduire la part de cette énergie dans leur consommation d’électricité. Donc, si technologiquement il y a des avancées à effectuer et si la France est bien placée pour être au premier rang dans ce domaine, c’est plutôt dans l’art de diminuer et même d’en finir à long terme avec cette énergie, que se situe l’avenir de cette industrie.

Arnaud Montebourg dit aussi que le nucléaire permet de produire une énergie moins chère.

Oui mais justement, ce sera de moins en moins vrai. Et en ce sens alors, ce n’est vraiment pas une énergie d’avenir ! Le prix, du kilowattheure va augmenter sensiblement dans les prochaines décennies, d’après la Cour des comptes et en raison du coût du démantèlement ou de la sécurisation des anciennes centrales (que l’on décide de baisser la part du nucléaire ou non). Enfin c’est une énergie de l’ancien monde en ce sens qu’elle nécessite d’importer une matière première (de l’uranium) que nous ne possédons pas. Le ministre du redressement productif explique donc qu’il parlait simplement de filière industrielle… insinuant que son propos était plus économique que politique. Ce qui, en soit, est assez étrange ! Comment peut-on dire que ce qui est vrai en économie ne l’est pas en politique ? Nous voilà au cœur de l’éternel débat sur la primauté du l’économie sur le politique et inversement. François Hollande a été élu en affirmant que la part du nucléaire français dans la production de l’électricité baisserait pour passer de 75% à 50% . Martine Aubry, pour le PS a pris une position plus forte encore affirmant que son parti était maintenant favorable, à terme, à la sortie du nucléaire ; à terme. La phrase d’Arnaud Montebourg est finalement une faute ou une provocation politique puisqu’elle va à l’encontre d’une évolution voulue et programmée par le président de la République et inscrite dans le pacte majoritaire. Souvenez-vous, quand Arnaud Montebourg avait rallié François Hollande, entre les deux tours de la primaire socialistes, il avait fait cette déclaration audacieuse : « il faut que François Hollande fasse entrer sa cohérence dans la mienne ». En fait, maintenant que François Hollande est Président c’est le contraire qui doit se produire sous peine de marginalisation rapide (il y a un autre mot pour ça chez les socialistes, c’est la « chevènementisation ») et ça, c’est grave ! Généralement, on ne s’en remet pas.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.