Jean-François Copé souhaite que la droite, de retour au pouvoir, réforme par ordonnances pendant les six premiers mois.

Oui, c’est une proposition, à quatre ans des élections générales, qui pourrait paraître très théorique mais qui, en réalité vaut le coup d’être examinée pour ce qu’elle révèle. Réformer par ordonnances, rappelons-le à ceux qui ne maitrisent pas toutes les subtilités de la Vème République, c’est une façon, pendant un laps de temps (et après autorisation du Parlement) de légiférer par décret. C'est à dire que le gouvernement peut réformer en prenant des décisions qui, normalement, relèvent de la loi… Bon, oublions bien vite que Jean-François Copé, quand il était président du groupe UMP, était favorable à ce qu’il appelait la coproduction législative. C'est à dire à l’exact contraire des ordonnances, une plus forte implication du Parlement dans l’élaboration des lois... Qui n’a pas ses petites contradictions ? Mais le problème numéro un de la politique actuellement n’est pas tant l’équilibre des pouvoir que cette impression d’incapacité structurelle de l’Etat à réformer. Dès l’élection passée, les promesses du genre « ensemble tout devient possible » ou « le changement c’est maintenant » se noient dans les conservatismes alternés de droite et de gauche… ou dans la réalité toujours plus complexe que les slogans. Quand Jean-François Copé en arrive à penser qu’il faudrait profiter de la légitimité toute fraîche qu’offre une élection présidentielle pour réformer à la hussarde, il n’est pas simplement mû par le résidu de tradition bonapartiste qui existe encore à l’UMP, il tente d’apporter une réponse à un sentiment très fortement ressenti dans la classe politique et aussi dans la population : le sentiment d’impuissance des responsables politiques.

C’est aussi une critique, en creux, de la méthode de gouvernance de Nicolas Sarkozy…

Oui, Jean-François Copé fait sans le dire sa part d’inventaire des années Sarkozy. Il souligne cruellement que Nicolas Sarkozy n’a pas assez réformé. Ces derniers mois, le travail d’opposant de l’UMP n’a pas été aisé. Face aux critiques sur les réformes engagées par François Hollande le parti de Jean-François Copé se voit rétorquer (même par ses propres partisans) un cinglant, et souvent pertinent, « que n’avez-vous pas réformé vous-même ? »… Que n’avez-vous pas réformé les retraites jusqu’au bout, puisqu’elles n’étaient toujours pas financées ? Que n’avez-vous pas voté l’union civile pour les homosexuels ? Que n’avez-vous pas supprimé les 35 heures, que n’avez-vous pas réduit la dette, que n’avez-vous pas redonné de la compétitivité aux entreprises ou endigué l’insécurité ? Finalement l’inventaire des années Sarkozy ne consiste pas (à droite) à trier le bon grain de l’ivraie… à noter ce qui a été bien fait ou mal fait… Mais plutôt à constater que pas grand-chose n’a été fait. D’ailleurs ce qui est débattu c’est souvent plus des positions politiques (débat sur l’identité nationale, droitisation, attaques contre les corps intermédiaires, l’ouverture) que des réalisations concrètes. Et François Hollande risque aussi de se retrouver dans cette situation puisqu’on lui reproche plus souvent la modestie de ses réformes que la nature de celles-ci. La proposition de légiférer par ordonnances de Copé pose des problèmes d’équilibre des pouvoirs… mais au moins elle propose une réponse à la vraie question politique du moment : comment agir vraiment et peser sur le cours des choses ?

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