Oui soulignons d’abord que c’est un discours, qui en soi, aurait déjà eu un grand retentissement sans l’affaire du remaniement mais qui, prononcé dans cette ambiance post clash Montebourg, prend un autre relief. Au lendemain d’un autre choc, celui de la nomination d’Emmanuel Macron à Bercy, les sensations provoquées par ce discours, (finalement assez idéologique) sont particulières, voire révolutionnaires pour le PS. Au fond, si l’on prend un par un les éléments du propos de Manuel Valls, (seuil, travail du dimanche, charges), tout avait déjà évoqué. Mais le contexte a transformé ce moment en formidable opportunité pour le premier ministre. Et il a saisi cette opportunité. Il a accéléré, choisi des mots transgressifs et effectué une percée idéologique… qui peut être vécu comme un vrai choc par bon nombre de socialistes. Ce n’est pas la première fois qu’un premier ministre de gauche embrasse dans le cou ce qu’il appelle alors « les entrepreneurs » et non pas les « patrons ». Laurent Fabius et Pierre Bérégovoy ont clamé, en leur temps, qu’il fallait lever les entraves à l’esprit d’entreprendre. Souvenez-vous de Mitterrand qui s’entichait de Tapie. Mais ces idylles passagères et opportunistes n’avaient pas entamés le fond de sauce idéologique du PS.

Depuis il y a eu deux exemples étrangers, Blair et Schroeder

Oui et là il ne s’agissait pas simplement de rassurer ou amadouer les patrons. Non, Blair et Schroeder ont proposé un chemin idéologique hétérodoxe dans l’histoire des travaillistes et du SPD. Ils ont révolutionné (trahi diront certain) le socialisme européen. Ils ont totalement intégré deux éléments jugés par eux sources d’opportunités : le marché et la mondialisation. Le socialisme français, lui, continuait (dans les mots du moins) à se déterminer en contre point du marché et en limitateur de la mondialisation. Souvenez-vous du concept de dé-mondialisation d’Arnaud Montebourg… Eh bien hier, ces deux mots (marchés et mondialisation) ont été prononcés par Manuel Valls dans une phrase positive, qui les présentait en opportunités pour les entreprises françaises. La seule référence socialiste que le premier ministre a citée était Gerhard Schroeder, pour regretter qu’au début des années 2000 la France n’ait pas suivie son exemple. Ce discours, qui se veut la traduction moderne du fameux dilemme Jauressien entre le réel et l’idéal, est dépouillé de tout sur-moi PS. Il est prononcé quelques semaines avant trois votes très importants à l’Assemblée : le vote de confiance au gouvernement Valls2 en septembre ou octobre et les deux votes du budget et du financement de la sécurité sociale peu après. Si, sur une telle ligne, le premier ministre passe le cap de ces trois votes, l’homme qui n’a fait que 6% à la primaire socialiste prendra un ascendant idéologique et stratégique déterminant sur la gauche française… Au moins le temps (près de 3 ans !) d’essayer ses solutions !

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.