Vous revenez sur l’interview de Jacques Sapir par Léa Salamé hier matin…vous n’avez pas été convaincu par ses arguments concernant les convergences possibles entre tous les anti-euros, jusqu’au FN.

Non, d’ailleurs Jacques Sapir le disait hier, en une phrase, alors qu’il expliquait sa vision d’un possible front commun contre l’euro. Il disait « je ne suis pas un spécialiste du FN mais je sais qu’il y a deux lignes »… Jacques Sapir considère –il nous le confiait hors micro- que pour une cause supérieure (et la sortie de l’Euro en est une pour lui), il faudra sans doute dépasser les anciens clivages et faire un «bout de chemin ensemble», comme ces communistes qui pouvaient s’allier avec des membres de l’Action Française dans la Résistance pendant l’occupation. Cette comparaison laisse pantois tant les situations sont bien sûr incomparables. Mais Sapir va plus loin. Il entrevoit de possibles convergences programmatiques dans le futur. Il constate donc qu’il y a deux lignes au FN et que si la ligne républicano-souverainiste devait l’emporter sur la ligne catho-réactionnaire, le rapprochement thématique serait souhaitable. Sapir est proche du Front de Gauche mais sa position est inexistante dans les instances du mouvement de Jean-Luc Mélenchon et du Parti Communiste. Seulement, la construction intellectuelle telle que l’élabore un économiste reconnu, universitaire respecté, comme Jacques Sapir, a sa cohérence et peut séduire en ces temps de confusion idéologique générale. Sommes toutes, la phrase la plus pertinente prononcée hier par Sapir, c’est « je ne suis pas un spécialiste du FN »…En effet, Jacques Sapir ne semble pas très bien décrypter ce qui se passe en ce moment au FN.

Il y a bien deux lignes au FN, là il a raison…

Oui, il y a deux lignes. Il y a le FN classique, représenté jusqu’à ces derniers temps par Jean-Marie Le Pen… Cette ligne, encore plus typée aujourd’hui, est maintenant incarnée par Marion Maréchal-Le Pen.

C’est une extrême-droite identitaire et vieille France. Dans la plus pure tradition légitimiste, héritière de la droite antirépublicaine qui veut le retour à une certaine catholicité française. Et puis il y a l’autre extrême-droite, celle de Marine le Pen et de Florian Philipot, dont, visiblement, pourrait s’accommoder Jacques Sapir. Une extrême droite représentant un républicanisme autoritaire et populiste qui revendique les valeurs laïques tout en les détournant pour en faire un filtre antimusulman, façon de déguiser une xénophobie bien réelle. Cette extrême droite-là peut avoir un discours anti-américain, anti-libéral, anti-système, pro-russe et souverainiste, social même aux accents (accents seulement, et de loin) semblables à ceux d’un Jean-Luc Mélenchon énervé. Mais la xénophobie atavique du FN, son « ethnicisme » à peine voilé, en font un ennemi naturel du Front de Gauche et le séparent à jamais de Mélenchon que le racisme révulse. La théorie-poncif des « extrêmes qui se rejoignent » a ses limites, tant, du moins, tant que le Front de Gauche est dirigé par ses chefs actuels. Plus qu’un courant naissant à la gauche d’une gauche en perdition, la position de Sapir ressemble à un délire d’économiste obnubilé, aveuglé par son sujet d’étude, par ce qui est devenu pour lui le monstre absolu : l’Euro.

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