Laurent Wauquiez tente d’imposer un nouveau clivage au débat politique…

Un clivage pertinent, pense-t-il, qui organiserait les débats de nos pays démocratiques. Le patron de LR estime que la société se divise entre les enracinés, majoritaires, peu représentés dans les élites, et les déracinés qui dominent les cercles des pouvoirs.  Cette idée n’est pas neuve mais David Goodhart, journaliste anglais, l’a bien théorisée dans son livre The Road to Somewhere (que les responsables LR potassent depuis quelques mois). Il y distingue les «anywere», ces citadins, plutôt diplômés, pour qui l’identité n’est pas un motif d’inquiétude parce qu’elle est choisie. Ils sont à l’aise avec la mondialisation et détiennent les codes du pouvoir politique et économique. Face à eux les «somewhere», les enracinés, attachés à leur identité (à la fois subie et rassurante) mais qui semble mise en danger par les anywhere. Ce n’est pas une histoire de classes, de riches et de pauvres… Les anywhere, mobiles, Urbain’s, sont enclins à comprendre et accepter l’immigration (d’autres déracinés) alors que les enracinés, qui seraient la «majorité silencieuse», vivent l’immigration comme une submersion corrosive pour leur identité. Les déracinés ne verraient pas la réalité populaire. Et celle-ci se manifeste politiquement, de façon intempestive, par le Brexit, Donald Trump, l’alliance populiste en Italie ou les régimes dits «illibéraux» de l’Est. Électoralement, prétendre représenter le peuple des enracinés face au peuple des déracinés serait donc une bonne mise. C’est ce que tente Laurent Wauquiez en dépeignant Emmanuel Macron, comme figure de proue des déracinés.

Et ce clivage est-il pertinent ?

Cette grille de lecture révèle des réalités sociales et géographiques. Elle explique, c’est vrai, de façon assez convaincante le Trumpisme et le Brexit. En revanche, elle ne semble pas transposable aussi simplement à la France. Emmanuel Macron n’est, en réalité, pas assez libéral sur les plans économique et sociétal pour représenter la supposée France déracinée. Les Macroniens aussi ont lu Goodhart et sont conscients du risque politique qu’il y aurait à apparaître, comme Hillary Clinton, simplement représentants des grandes villes et des minorités en tous genres. Emmanuel Macron tente (ce que prône d’ailleurs Goodhart) une synthèse (un « en même temps ») entre les anywhere et les somewhere. Il parle volontiers de l’âme de la France, drague les chasseurs et a même dit, hier, dans son discours aux ambassadeurs, je cite: « partout dans le monde, les identités profondes des peuples ont ressurgi. Ceux qui croyaient à l’avènement d’un peuple mondialisé, protégé des morsures de l’histoire, se sont trompés.». La traduction politique de ce clivage voulu par Laurent Wauquiez n’est donc pas si pertinente chez nous. Et de ce fait, ce clivage paraît opportuniste et forcé. Sur le plan sociologique il se pourrait aussi que ce soit beaucoup plus complexe... après tout, les soi-disant enracinés ont Internet (le déracinement) et s’en servent largement et les soi-disant déracinés sont justement ceux qui prônent l’écologie, le respect de la terre, des saisons (les racines). Il en va de certaines théories politiques comme du pudding... Tout n’est pas importable d’Angleterre...

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