Un débat acharné agite La France Insoumise autour (ce n’est pas nouveau) du mot ‘islamophobie’. C’est un débat de fond, né lors de l’université d’été de LFI. Mais il ne s’est pas déroulé sereinement, comme c’est souvent le cas sur ce sujet.

Le philosophe Henri Pena-Ruiz, invité des Insoumis, y développait la thèse selon laquelle l’islamophobie n’est pas du racisme, puisqu’il désigne la contestation d’une religion. Il ne s’agit pas de bannir des personnes pour ce qu’elles sont mais de contester la pertinence de ce qu’elles pensent ou croient. Il compare ce terme à ceux de cathophobie ou d’athéophobie, ce qui a peu de sens puisqu’ils ne sont jamais utilisés. On pourrait plutôt évoquer l’anticléricalisme qui est une opposition politique légitime non pas aux catholiques, mais au pouvoir institutionnel de l’église d’avant 1905. 

Ça n’a rien à voir avec le racisme, l’antisémitisme ou de l’homophobie, autant de formes de stigmatisation essentialistes. Le propos de Péna-Ruiz a été caricaturé et tronqué par certains intellectuels et militants différencialistes, proches ou non de LFI. Il a été résumé ainsi : Pour Henri Pena-Ruiz, on peut être ‘islamophobe’ point ! Sous-entendu ‘il est permis d’être raciste’. Depuis dimanche, les réseaux sociaux de la sphère Insoumise, très actifs, s’affolent et s’invectivent. Le racisme n’existe pas au sein de LFI, et que certains fustigent un philosophe qui invoque simplement l’esprit Charlie, ou l’esprit anticlérical du début du XXème siècle, souligne l’errance idéologique de ce mouvement (comme de bien d’autres partis, d’ailleurs) sur ce thème.

Ce mot, "Islamophobie", est devenu impraticable !

Oui, en politique les mots sont des véhicules de combat ! Le camp qui s’empare d’un mot et arrive à lui donner l’acception qui l’arrange (la faire admettre comme une évidence) aura gagné une bataille culturelle. Bien des mots ont changé de signification et de cible. Prenez le mot ‘intégration’, pour rester dans le domaine du racisme. On l’a oublié mais dans les années 60 c’était le mot des défenseurs de l’Algérie Française, un mot colonialiste. Dans les années 80, ‘intégration’ a été reconquis par les antiracistes. Le mot ‘identité’ a fait le chemin inverse : aujourd’hui, ‘l’identité française’ est squattée par l’extrême-droite. Dans les années 70-80, ’identité de la France’ (titre d’un livre de Fernand Braudel) désignait autre chose : la France des Lumières, multiple, républicaine. 

Le mot ‘laïcité’ même est menacé de détournement de sens par l’alliance objective de l’extrême-droite et des islamistes... si l’on n’y prend garde, il voudra bientôt dire ‘intolérance’. Islamophobe (mot relativement récent) a plusieurs définitions... même dans les dictionnaires. Et comme le racisme antimusulman existe bel et bien, toute contestation de l’islam devient suspect... voilà le piège sémantiques tendu par les tenants d’un islam politique, dans lequel tombent certains antiracistes. Pour ceux qui sont attachés au droit au blasphème et s’inquiètent du recul de la raison au profit des religions et du détournement politique, voire terroriste de l’islam, ce mot est donc devenu impraticable. Islamophobe = raciste. 

Cette acception s’est imposée dans le langage courant. Henri Pena-Ruiz aura été courageux d’essayer simplement de le démontrer et de le dénoncer.

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