Jacques Chirac avait ouvert la voie de la repentance historique, mémorielle et nationale, en reconnaissant en 1995 la responsabilité de l'état français dans la déportation des juifs de France... A l'époque, cette attitude n'avait pas plu à tout le monde; Philippe Séguin avait piqué une de ses colères homériques pour fustiger "l'auto flagellation" de la France; sur la même longueur d'onde, Nicolas Sarkozy...D'ailleurs, au soir du second tour en mai dernier, tout nouvellement élu, il déclare "vouloir en finir avec la repentance, qui est dit il, une forme de haine de soi". Avant lui en politique, pas question de reconnaître ses erreurs ou ses errances. Plutôt mentir que dire "je me suis trompé", plutôt persister, qu'assumer... Alain Juppé en 1995 et son affaire d'appartement pour un loyer défiant toute concurrence; "légal mais maladroit" aurait il pu reconnaître... Non, "je suis droit dans mes bottes" affirme t il d'un ton bravache, avant d'être obligé de déménager... Un autre premier ministre Lionel Jospin..quand il doit faire face à la révélation de son passé trotskiste, il croit s'en sortir par un mensonge d'enfant: "ce n'était pas moi, dit alors, c'était mon frère"...et pendant la campagne présidentielle, quand il s'aperçoit que son "vieilli usé fatigué" à l'endroit de jacques chirac fait des ravages dans l'opinion publique, il pourrait dire, "désolé"..non, il se contorsionne..et cette fois, ce n'est pas son frère mais il s'en sort par cette étrange formule, "ce n'était pas moi"... Du coup, la soudaine avalanche de mea culpa ces dernières heures nous laisse entrevoir une nouvelle ère politique... Erreurs, couacs, part de responsabilités confessent tour à tour Nicolas Sarkozy, puis François Fillon, jusqu'à Christine Lagarde qui reconnaît elle aussi une erreur de communication sur le paquet fiscal...chacun y va de son coup de fouet de pénitent. Bon, alors, seules les erreurs de communication sont concédées...maladresse vénielle s'il en est, à mettre sur le compte de l'inexpérience des ministres ou d'un manque de pédagogie, mais qui ne remet en cause ni la direction, ni les engagements pris...L'erreur de communication est la moins grave des fautes politiques.. Qu'importe, d'éminents spécialistes l'affirment: c'est une première en France!!! voilà enfin un comportement anglo-saxon, digne des démocraties les plus avancées... Face à une opinion agacée par l'arrogance et l'assurance de son président, désorientée par un gouvernement qui semble naviguer au gré du vent, Nicolas SArkozy prend là un habile contrepied...le voici tout à coup humble et contrit.. Dire "j'ai changé" au début de sa campagne présidentielle, c'était faire table rase du passé et se présenter comme un homme neuf, dire aujourd'hui, "je me suis trompé", c'est re tenter le coup de l'ardoise magique...on tire, et on efface tout, la page est blanche, le passé purgé et l'opinion publique prête à être reconquise. La ficelle est peut être un peu grosse, mais il faut voir à l'usage..En tout cas, au rythme où ça va, la repentance pourrait devenir un sport national au sein du gouvernement... Chacun pourrait faire un acte de contrition individuelle, que ceux qui n'ont rien à se reprocher trouvent!!! ça fait tellement moderne...la preuve, c'est le président qui a lancé l'idée...tellement moderne? A moins que ça ne fasse un brin confessionnal... Vous savez, quand enfant, on croit qu'il suffit de s'inventer 3 péchés véniels, de se voire infliger 3 pater et un Avé pour se faire absoudre et avoir le droit de tout recommencer... Dans l'ardoise magique de Nicolas Sarkozy et du gouvernement, il y un peu l'espoir de ce miracle là...

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