Et revoilà la loi sur le travail du dimanche, qu'on croyait abandonnée. Elle l’était. Tous les syndicats, toute l’opposition, une partie de la majorité, sont contre. Alors on peut effectivement s’interroger sur les raisons de cet acharnement législatif. Il y a d’abord une raison de pure procédure. Lorsque la loi repassera au parlement, sans doute en juillet, les nouvelles dispositions du règlement de l’assemblée seront en vigueur. C'est-à-dire que le débat aura lieu en un temps limité et l’opposition ne pourra plus multiplier les amendements. Rappelez-vous, c’était juste avant les vacances de Noël, la loi avait été retirée avant le vote parce que la majorité était divisée et que les députés PS étaient plus motivés que leur collègues UMP. Ils s’apprêtaient d’ailleurs à livrer une brassée d’amendements d’obstructions. Il fallut reculer en rase campagne. Pour mieux sauter, nous disait-on. Hé bien l’heure du saut est venue. Cette retraite en ligne fut une grande vexation pour le Président de la République, parce que ce texte était emblématique du slogan de la campagne du candidat Sarkozy. Le fameux « Travailler plus pour gagner plus » ! Un slogan qui, aux vues de l’évolution de l’environnement économique, avec 63.000 chômeurs de plus ce mois ci, commence à avoir le charme sépia des vieux slogans publicitaires pour les marques disparues que l’on devine encore sur certaines façades décaties de nos villes. « Du Bo, du Bon Dubonet ». Il y a un aspect revival 2007. Un message présidentiel qui serait le suivant : « La crise m’a obligé à remettre en selle les emplois aidés que j’avais dénoncés, la crise a désactivé l’effet des heures supplémentaires détaxées. Elle n’emportera pas toutes mes promesses ». Dans la majorité, on appellera ça du courage politique, de la constance, le respect des engagements. Dans l’opposition, on appellera ça de l’obstination bornée, du passage en force et dans un commentaire avisé, on appellera ça plutôt de la pure posture pour la gauche et l’orgueil mal placé pour la droite. Parce qu’a y regarder de plus près, le texte proposé est largement vidé de sa substance par rapport au texte, initial, celui qui était sorti directement du carton des promesses du président. L’opposition, les églises et les syndicats s’insurgent pour le principe, pour dénoncer la pente dangereuse de la déréglementation mais aussi un peu par réflexe. Et l’UMP va défendre ce texte comme si la liberté du travail et même la liberté tout court en dépendait. Alors que le texte en question n’est plus qu’un résidu de la promesse de 2007, une proposition que (le principe mis à part) les socialistes pourraient voter en disant « après tout, il n’y a plus rien dedans ». Brice Hortefeux, le ministre du Travail, avoue lui-même que l’ambition de la loi ne sera que de sécuriser les situations existantes. En gros, pérenniser Plan de Campagne et les cas similaires. Mais l’intitulé d’une loi, plus que son contenu, permet de dire « j’ai tenu ma promesse ». L’opération avait déjà marché avec le service minimum dans les transports. La loi, qui en fait, n’empêcherait pas les blocages de trains en cas de grève très suivie, n’est qu’une bonne loi de prévention des conflits. Elle n’a rien à voir avec la réquisition aux heures de pointe dont parlait le candidat Sarkozy. La façon dont les syndicats et la gauche étaient pourtant montés sur leurs grands chevaux avait accrédité l’idée que le gouvernement avait fait une réforme majeure ! C’est une règle de base en politique : on ne donne jamais plus l’impression de réformer qu’en s’appuyant sur le réflexe pavlovien d’opposition automatique de l’adversaire.

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