Ça y est, le projet de loi contre le port du voile intégral va arriver dans un Parlement bien embouteillé…Comment faire d’un texte, censé emporter l’adhésion de tous, au nom des valeurs de la République, un éprouvant feuilleton devenu incompréhensible, voire lassant. Le projet de loi sera présenté le 19 mai en Conseil des ministres, pour être débattu avant les vacances d’été, son adoption finale est programmée à la mi-septembre. Première remarque : il était question de le voter le plus vite possible, il va donc venir polluer la rentrée prochaine. Mais nous ne savons toujours pas s’il fera l’objet d’une procédure d’urgence, une seule lecture et puis s’en va. L’entourage présidentiel, en escale en Sibérie hier soir, a confié : « on ne sait pas, c’est Matignon qui gère ». Nicolas Sarkozy a donc refilé le bébé à François Fillon, parce qu’il n’y a que des coups à prendre dans cette affaire. Deuxième remarque : le voile intégral vient s’ajouter aux 25 textes qui doivent être examinés jusqu’à la mi-juillet, avec au menu du très lourd : Grenelle 2 de l’environnement, loi de modernisation agricole, ou réforme mammouth des collectivités locales. Cette logorrhée législative vient renforcer la mauvaise humeur de Bernard Accoyer et de Gérard Larcher, qui réclament un vrai débat sur le voile intégral. Les deux présidents de l’Assemblée et du Sénat sont allés plaider leur cause lundi soir à Matignon. Pour le reste, plus personne ne sait plus très bien aujourd’hui pourquoi et comment cette burqa s’est invitée à la une de l’actualité, avec notamment l’affaire du boucher hallal de Nantes. Nicolas Sarkozy a souhaité l’interdiction générale du voile intégral lors de son discours survenu trois jours après la défaite de la droite aux régionales. Visée électoraliste pour les uns, conviction profonde pour les autres, il faut se rappeler que le chef de l’Etat il y a dix mois avait déjà déclaré que la burqa n’était pas la bienvenue sur notre territoire c’était lors du Congrès à Versailles. Il y a eu depuis une mission parlementaire, court-circuité par Jean-François Copé, qui a réclamé une proposition de loi ferme d’interdiction. Le carré de tissu est devenu un bras de fer interne à la majorité. Et comme si une nouvelle loi ne suffisait pas, le groupe UMP a lancé une résolution contre le voile, un texte non contraignant, sorte d’apéritif au projet de loi, qui sera discuté le 11 mai. Et le Parti socialiste, plutôt divisé sur la question, est entré dans la danse hier, Jean-François. Martine Aubry a affirmé que le PS suivra le gouvernement, s’il respecte l’avis du Conseil d’Etat. Sinon, il y aura un contre-projet de loi socialiste. François Fillon ayant déjà annoncé qu’il était prêt à prendre des risques juridiques pour aller au-delà des réserves émises par les sages, le consensus national sur la question a déjà du plomb dans l’aile. Du coup, nous allons parler en boucle, et à la case polémique, de mai à septembre, de cette burqa qui était censée mettre tout le monde d’accord. Le paradoxe, au final, est qu’elle vient encombrer un peu plus un calendrier législatif déjà lourdement lesté, alors que le chef de l’Etat a récemment déclaré qu’il faudra au parlement délégiférer fin 2011. Députés et sénateurs sont donc priés d’empiler les lois, avant d’en débarrasser un certain nombre l’année prochaine, se lamente ce patron de l’UMP, qui conclut : « cela s’appelle « marcher sur la tête »... Bon… Tant qu’elle n’est pas voilée…

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