Manuel Valls a assisté à la cérémonie de canonisation de Jean XXIII et Jean-Paul II… Et il s’est fait sifflé par des catholiques Français lorsqu’il est apparu sur l’écran géant de la place Saint-Pierre.

Preuve que cette initiative censée être porteuse d’apaisement est ratée. Peut-être qu’au-delà des quelques siffleurs de la place Saint-Pierre, certains catholiques (et ils sont en très grande majorité modérés) seront sensibles au geste de Manuel Valls mais le catholicisme politique, conservateur, qui s’est réveillé à la faveur des manifestations contre le mariage pour tous, ne verra dans ce déplacement qu’un geste de récupération politique. Cette branche d’activistes très à droite, minoritaires et socialement typés, représente le reste de la tradition antirépublicaine et anti laïque du monde catholique. C'est à dire par pas grand chose. François Hollande avait, lors de sa conférence de presse, salué l’ouverture d’esprit du nouveau pape François et précisé que ses rapports avec celui-ci seraient simplement des rapports d’homme d’Etat à homme d’Etat. Manuel Valls, en se rendant hier au Vatican, pour assister à une cérémonie éminemment religieuse, est allé bien au-delà de ce qu’exige la neutralité républicaine. Il est tout à fait normal que le chef du gouvernement prononce des mots d’apaisement envers les catholiques, s’ils se sentent offensés. Manuel Valls a remis la légion d’honneur au Cardinal Etchegaray… très bien… mais il n’avait rien à faire à Rome sauf, éventuellement discrètement à titre privé s’il en ressentait un besoin personnel.

Le Premier ministre a expliqué que la « République est forte quand elle n’a pas peur de respecter les diverses confessions ».

Ce qui est vrai et qui correspond à la définition originelle des pères fondateurs de la laïcité, comme Edgard Quinet, le premier à parler de laïcité ou plus tard de Ferdinand Buisson qui a inspiré la loi de 1905… mais « respecter » n’est pas se soumettre ! Et la République est faible quand elle se met en position de se faire siffler publiquement par ceux qu’elle veut apaiser. Manuel Valls a aussi souligné que la France avait des « racines chrétiennes ». C’est intéressant parce qu’en cette période de trouble identitaire en France il y a un débat sur cette question. Il est évident que la France est un pays qui fut chrétien. Que la religion catholique a eu une place essentielle dans la construction même de la nation française… Mais l’identité de la France d’aujourd’hui est républicaine. Cette identité s’est forgée sur la philosophie des Lumières et de la raison. Cette philosophie qui s’est développée en réaction à l’emprise du pouvoir de l’Eglise doit, en même temps, beaucoup à la pensée judéo-chrétienne… Il suffit de lire les discours de l’abbé Grégoire pour se convaincre … Mais la phrase de Manuel Valls laisse penser que, dès lors, la religion catholique doit bénéficier d’un regard plus bienveillant de la part des autorités politiques que pour d’autres religions. Alors que notre organisation sociale repose sur le fait que les religions, toutes les religions, doivent rester dans les limites fixées par les principes de laïcité, sans en déborder. Elles doivent être respectées mais rester dans la sphère privée. Au moment où les communautarismes se réveillent et où la France doit faire comprendre, notamment à certains musulmans, les règles de la République, la neutralité la plus absolue semble de mise à la tête de l’Etat. Plutôt que d’aller au Vatican, Manuel Valls aurait peut-être du relire son héros Clémenceau qui, fort justement, refusait d’assister à toute cérémonie religieuse !

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.