Marc Fauvelle.

François Hollande et le mirage de la primaire à gauche.

Car c’est bien un mirage… Plus on avance dans le temps, et plus la perspective de voir la gauche organiser une grande primaire, comme elle l'avait initiée avec succès en 2011, s'éloigne et s'évapore… C’est simple, dans la motion conduite par l’actuel patron du PS, Jean-Christophe Cambadélis pour sa réélection début juin, le mot primaire ne figure même plus dans le texte… Plus rien, alors que la règle avait pourtant été gravée dans le marbre des statuts du PS. C’est l’article 5.3.1 qui précise bien noir sur blanc que « le candidat à la présidence de la République est désigné aux travers de primaires citoyennes ». Mais petit à petit, le PS s’est presque résolu à s’assoir sur une règle démocratique qu'il avait lui-même établi… A l’Elysée, on considère qu’il n’y a pas de débat… Quel intérêt aurait François Hollande à redescendre du trône républicain pour redevenir un éléphant socialiste parmi les éléphants ? Ce serait prendre le risque de l’affaiblir, donc d'affaiblir le candidat naturel de la gauche, donc la gauche dans son ensemble, CQFD, rompez le banc ! Même ses concurrents politiques d’hier semblent avoir baissé les armes. Martine Aubry veut désormais peser de l’intérieur, Manuel Valls sait que son destin est lié pour l’instant à la réussite du quinquennat, et Arnaud Montebourg, lui, commence tout juste sa traversée du désert politique par la case ameublement… Bref, les primaires c’est formidable, sauf quand on est au pouvoir.

Et alors que la gauche s’apprête à enterrer la primaire, un rapport de la Fondation Terra Nova, proche du PS, et qui avait milité pour leur création, propose au contraire de la remettre au goût du jour…

Autant dire que ce rapport a toutes les chances de prendre la poussière sur les étagères de la rue de Solférino, alors qu'il donne pourtant des pistes intéressantes. La première serait de passer à l'acte 2 de la primaire, une primaires non plus recroquevillée sur un parti, mais de coalition qui verrait s'affronter tous les candidats de la gauche de gouvernement... Y compris les écologistes. Le système aurait un double avantage. Il permettrait de négocier, en fonction du résultat de chaque candidat, des accords pour les élections législatives qui suivent la présidentielle. Ce serait fini des discussions de marchands de tapis entre états-majors. Mais surtout, cette primaire de coalition serait, selon ses partisans, le meilleur antidote au syndrome du 21 avril. En limitant les candidatures à gauche, elle offrirait une chance supplémentaire –ou une chance tout court- à son candidat d'être présent au 2nd tour. Ce serait une réponse possible, parmi d'autres, à la consolidation du tripartisme et à la poussée du front national. Les autres pistes mises en avant par Terra Nova sont sans doute plus consensuelles... La fondation propose des primaires à l'américaine, étalées sur plusieurs mois, où les régions voteraient les unes après les autres, elle suggère aussi d'étendre le système aux élections locales, ce qui pourrait éviter les candidatures dictées par Paris. Enfin, dans son dernier point, elle prend acte en quelque sorte de la volonté de l'Elysée d'enterrer la primaire, et elle propose de la rendre optionnelle quand le président sortant est socialiste... Vue la frilosité actuelle sur la question, il est fort probable que ce soit le seul point, aujourd'hui, qui fasse à peu près consensus à gauche.

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