Ce matin, la possible jonction des deux "non" du référendum de 2005.

La référence à 2005 devient pertinente pour ce second tour, d’autant que le thème central de cette semaine (avec Whirlpool) est le poids de l’Europe sur notre économie. En 2005 le ‘non’ avait gagné mais il avait 2 faces inconciliables. Le ‘non’ de droite, souverainiste et nationaliste,) et le ‘non’ de gauche, alternatif, écologiste, anti-libéral. On peut dire ‘non’ ensemble et être majoritaire. Mais une présidentielle n’est pas un référendum. Le vote n’y est pas qu’un non, c’est aussi un oui, même par défaut. Alors qu’Emmanuel Macron peut coaliser les ‘oui’ de droite et de gauche, Marine Le Pen théoriquement ne peut pas coaliser les ‘non’ de droite et de gauche. Théoriquement ! Mais le relativisme ambiant peut changer la donne parce que l’idée de renvoyer dos à dos Marine Le Pen et Emmanuel Macron prospère, à la gauche de la gauche. Elle se répand, sur les réseaux sociaux, avec le #SansMoile7mai, dans les lycées bloqués, elle est débattue sur la plateforme des 450.000 signataires Insoumis. Et une formule résume le sentiment des partisans de ce ni-ni : « ni banquier, ni fasciste », ni ultra-libéralisme ni extrême-droite.

On mesure le chemin parcouru depuis 2002 avec cette équidistance entre un banquier et un fasciste !

Oui, le libéralisme (qui comprend aussi le libéralisme sociétal, s’agissant de Macron) est mis, là, au même ban que l’extrême-droite ! Etablir une équidistance entre un banquier et un fasciste est aussi absurde qu’entre un curé et un communiste, un pompiste et un écologiste, un plombier-zingueur et un centriste ! On est dans la caricature et le schématisme sectaire le plus abouti ! Parce qu’Emmanuel Macron n’est pas un ultra-libéral, c’est un social-libéral. Sa conception du rôle de l’Etat n’est pas tournée vers le désengagement et ses idées sur les relations sociales procèdent au mieux (vu de gauche) d’une tradition rocardo-cfdt, d’inspiration scandinave, au pire, shroederienne mais pas du tout de l’ultra libéralisme d’une Margaret Thatcher par exemple ! On peut considérer que ce sont de très mauvaises idées, mais ce n’est pas de l’ultra libéralisme…

En ne donnant pas de consignes de vote, Jean-Luc Mélenchon favorise la jonction des "non"

La violence verbale de Jean Luc Mélenchon pour dénoncer les traitrises de la gauche modérée valide les outrances de Marine Le Pen contre « l’Oligarchie » (mot fraichement emprunter à Jean Luc Mélenchon). Tout comme la surenchère identitaire de Nicolas Sarkozy avait aidé à l’incubation de la pensée lepéniste sur le sujet. Dans le cas du discours social de Marine Le Pen, c’est bien plus fort encore ! Parce qu’aujourd’hui, elle pille, elle singe toute l’imagerie, tous les symboles de la gauche anti-libérale. La philosophie humaniste, internationalise et généreuse dont se prévaut Jean-Luc Mélenchon est totalement détournée par l’extrême droite (comme le fut la laïcité). Mais, par un sidérant syndrome de Stockholm, JL Mélenchon ne semble pas gêné de voir son discours kidnappé et violenté puisqu’il encourage l’abstention (et donc les chances de Marine Le Pen) en ne disant rien de son vote, lui qui avait établi un contact impressionnant et influent avec toute une partie de la jeunesse. Une attitude qui peut faciliter la jonction impossible, devenue envisageable, entre les 2 ‘non’ du référendum de 2005.

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