Cette réflexion – s’agit-il d’une prophétie – est régulièrement attribuée à André Malraux. à moins que le ministre de la culture du général de Gaulle n’ait parlé non pas de religion, mais de spiritualité, ce qui au fond n’est pas très éloigné. Un peu comme si notre monde en quête de sens était voué à retourner vers ses croyances, celles que la modernité, au nom de la laïcité, a cherché en vain à circonscrire au siècle précédent. Aujourd’hui, nous vivons à l’ère de l’hyper communication via Internet, et pourtant, tout est teinté de religieux. Y compris d’ailleurs certains meetings politiques qui ressemblent toujours plus à des prêches, avec des leaders qui se muent parfois en prédicateurs. Tout est religion, regardez les titres qui font la une de l’actualité : tout d’abord le pape jeté à terre jeudi soir, avant la messe de la nativité, par une jeune femme de 25 ans, présentée comme une déséquilibrée. Ce n’est pas un acte religieux à proprement parler, mais Benoît XVI renversé, et c’est l’Eglise catholique qui se voit ainsi symboliquement bousculée. Plus grave aura été l’attentat heureusement raté au-dessus de Détroit aux Etats-Unis. Le passager Nigérian, qui a tenté de se faire exploser à bord au vol 253, s’est réclamé… d’Al Qaïda. Avec en toile de fond, la riposte supposée d’un Islam de combat, face aux Croisés engagés en Irak et en Afghanistan. La religion a fait irruption dans le débat public Français. Notre année politique s’achève sur une question qui attise les passions : faut-il oui ou non une loi pour interdire le port de la burqa dans notre pays ? « Le voile intégral est un sujet si sensible, qu’il faut que chacun évite d’en faire une affaire personnelle », a récemment confié Nicolas Sarkozy. La burqa a fait l’objet d’une mission parlementaire, menée par le maire communiste de Vénissieux André Gérin, un peu trop longue au goût de certains députés, qui redoutent de voir une religion - l’Islam- stigmatisée au travers d’une pratique somme toute minoritaire. Parlons-nous trop de religion ? Certains dans les rangs du Parti Socialiste accusent le chef de l’Etat d’avoir volontairement ouvert la boîte de Pandore, avant les élections régionales, en lançant sa réflexion sur l’identité nationale, puis en s’exprimant sur les droits et les devoirs des musulmans, dans le journal Le Monde, après le vote suisse contre les minarets. Mais cela fait longtemps que la religion fait s’interroger Nicolas Sarkozy. « L’espérance et la foi apparaissent, pour bon nombre de nos compatriotes, comme les seules réponses utiles face à l’angoisse des origines et de la fin », a écrit en 2004 celui qui était encore ministre de l’intérieur. Nicolas Sarkozy a déclaré que la burqa n’était pas la bienvenue en France ». Mais c’est le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale qui a pris l’initiative d’exiger une loi claire, dès le mois de janvier, pour interdire le voile intégral. Pour Jean-François Copé, il s’agit plus d’un problème de société - liberté des femmes, trouble à l’ordre- que d’une affaire purement religieuse. Pour lui, « le vrai débat n’est pas religieux, mais identitaire. Le 21ème siècle est celui de l’entrée dans la mondialisation. Pour affronter ce choc, nous avons besoin d’être au clair sur nos racines. La dimension religieuse est à intégrer dans la quête identitaire ». Malraux avait-il raison ? Le fait religieux, omni présent, fragilise les fondements mêmes de notre République, qui s’appuie toujours sur la loi de 1905 de séparation de l’église et de l’Etat. La religion n’est pas une menace en soi, mais c’est son instrumentalisation à des fins politiques qui est plus que jamais source de périls. Nota : La République les religions l’espérance, entretiens avec le philosophe Thibaud Collin et le prêtre dominicain Philippe Verdin, éditions du Cerf, 2004. Jean-François Copé : « le vrai débat n’est pas religieux, mais identitaire. La religion est une des composantes : le 19ème a été le siècle de la constitution des nations. Le 20ème, choc des idéologies. Le 21ème est celui de l’entrée dans la mondialisation. Qui créée un vertige, pour bien appréhender ce choc, nous avons besoin d’être au clair sur nos racines. Il y a un débat à mener, dans lequel la religion a toute sa place, mais rien que sa place. Problème de défense des femmes, d’ordre public, valeur républicaine. Sarkozy ? Pas normal qu’il laisse filer un tel débat. Sarkozy avait été contre la loi contre les signes ostentatoires voulues par Chirac. A donc laissé filer . Donc : la religion est instrumentalisée depuis la nuit des temps, à des fins politiques, c’est une grande constance dans l’histoire de l’humanité. La dimension religieuse est à intégrer dans la quête identitaire. Le 21ème siècle sera celui de la mondialisation, se sentir bien à l’échelle de la planète ». On pensait s’en être débarrassé, mais c’est raté.

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