Ce matin une idée de cadeau pour les retardataires. Vous nous conseillez un livre : le Petit dictionnaire des injures politiques . Ce n’est pas vraiment « esprit de Noël » !

Non, on est déjà le 28 décembre, donc, c’est sans état d’âme que je vous conseille ce livre qui, en plus de receler beaucoup de méchancetés et de drôleries, est très instructif sur l’évolution de nos mœurs politiques. Ce n’est pas l’un de ces recueils de bons mots politiques comme il en fleurit tant en ce moment. Il s’agit d’une somme qui regroupe des textes et des petites phrases bien senties, ces piques qui désolent tant les puristes de la politique mais qui font aussi le sel du débat public. Ce livre collectif est dirigé par Bruno Fuligni, maître de conférences à Science-Po et qui a aussi travaillé pour les archives de l’Assemblée Nationale. Fuligni est sans doute le meilleur connaisseur de l’éloquence parlementaire des Troisième et Quatrième Républiques. En plongeant dans les extraits de tirades et diatribes incendiaires, de ministres, de parlementaires et journalistes du 19e siècle et de la première moitié du 20e, on s’immerge dans les passions françaises qui ont forgé notre pays tel qu’il est aujourd’hui. Les débats actuels ont des racines plus profondes qu’on ne le croit souvent. On s’aperçoit aussi que nos passes d’armes d’aujourd’hui sont de gentilles chicaneries. Le fameux Hollande « capitaine de pédalo » de Mélenchon ou le « Chirac ment tellement qu’on ne peut même pas croire le contraire de ce qu’il dit » (de Marie-France Garaud) serait de la pommade pour un député de la Troisième République.

La Troisième République, c’était aussi l’époque des grands duels verbaux entre fortes personnalités.

Et les insultes traduisaient la haine qui régnait entre la droite antirépublicaine et la gauche anticléricale. Le déchainement d’une incroyable violence antisémite au moment de l’affaire Dreyfus, bien sûr, mais aussi, plus tard, contre Léon Blum ou encore contre Pierre Mendes-France sous la Quatrième. Mais c’est vrai que l’histoire parlementaire est émaillée de grands duels qui tournent au concours d’éloquence. L’un des plus fameux opposa Clemenceau à Poincaré. Il dura des années. Clemenceau disait de Poincaré « cet homme là était fait pour fabriquer des dictionnaires, il a le lyrisme d’un Larousse. ». Promettez-moi qu’il n’y aura pas, sur ma tombe de discours de Poincaré. Ce serait mourir deux fois ». Poincaré sur Clemenceau : « étourdi, violent, vaniteux, sourd physiquement et intellectuellement, c’est un fou dont le pays a fait un dieu ». Alors des duels aujourd’hui, il y en a encore : Sarkozy/Villepin, Fillon/Copé. Ils ne recèlent pas autant de talents littéraires. Il en est un moins connu et qui a produit quelques jolies perles. Saviez-vous que Chevènement et Cohn-Bendit se détestaient cordialement ? Chevènement sur le leader écologiste, je cite : « oh vous savez, Cohn-Bendit n’est pas la personne la plus mal famée que l’on soit obligé de rencontrer. Moi j’ai bien dû dîner un jour à l’Elysée avec un dictateur pakistanais ». Et voilà ce que déclarait Cohn-Bendit après son beau score aux européennes de 1979 : « si j’étais au festival de Cannes, je remercierais toute mon équipe sans qui rien n’aurait été possible…mais surtout Jean-Pierre Chevènement, sans le ringardisme duquel nous aurions fait deux points de moins »…Vous verrez, en lisant ce livre, que par rapport aux Henri Rochefort, Victor Hugo, Charles Maurras, ou encore Léon Daudet, nos méchants Chevènement, Cohn-Bendit, Mélenchon ou même Le Pen, père et fille, ne sont que de gentils lutins toujours imbibés de l’esprit de Noël.

Petit dictionnaire des injures politiques , aux éditions l’Editeur

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