Cette semaine, Thomas Legrand se demande ce qui pourrait se passer en 2021 en politique. Sans essayer de de prévoir l’avenir, contentons-nous d’examiner ce qui serait possible ou souhaitable… et aujourd’hui : la Panthéonisation de Gisèle Halimi.

Voilà qui pourrait  (de mon point de vue, devrait) être l’un des moments forts de la vie politique de 2021. Pour l’instant l’Elysée prépare plutôt un hommage national mais l’idée fait son chemin. Un collectif d’avocates féministes fait signer une pétition sur le sujet avec déjà plusieurs dizaines de milliers de noms. Des parlementaires (et des ministres femmes) y songent aussi et font campagne. 

Pour qu’une personnalité entre au Panthéon, il faut plusieurs conditions

D’abord que la famille soit d’accord. On sait que les trois fils de Gisèle Halimi ne s’y opposeraient pas. 

Il faut que les combats et réalisations de la vie du panthéonisable soient devenus ceux du pays. Les combats et l’œuvre de Gisèle Halimi ne font peut-être pas tous encore consensus mais, dit-on à l’Elysée, ils sont acceptés par l’époque. Et c’est vrai que si l’on retrace la vie de l’avocate née en Tunisie, on mesure tout ce qu’elle a initié. Elle a commencé par dénoncer la torture en Algérie et les crimes de la colonisation en défendant des indépendantistes au risque de sa vie. Gisèle Halimi est à l’origine de la législation sur l’avortement avec le procès de Bobigny, de la criminalisation du viol avec le procès d’Aix. Parlementaire, elle est à l’origine de la dépénalisation de l’homosexualité, elle a dépoussiéré le serment de l’avocat pour renforcer le droit de la défense et posé les bases de la parité. A la fin des années 80, elle dénonce avec bien d’autres l’intrusion du voile au collège et au lycée et donc est aussi à l’origine de la loi de 2004 sur l’interdiction des signes religieux ostensibles à l’école. Avec son mouvement Choisir, Giselèle Halimi a beaucoup agi pour la cause des femmes dans une optique universaliste.   

Mais il faut une dernière condition : que le président y soit favorable…  

Dans le fond, le profil universaliste (justement) de Gisèle Halimi devrait correspondre à la conception républicaine que tente de développer Emmanuel Macron en ce moment. Et, dans son équilibre droite-gauche perdu, la panthéonisation d’une figure clairement marquée à gauche ne serait pas de mauvaise stratégie alors qu’Emmanuel Macron est pointé du doigt pour rogner les libertés pour plus de sécurité, avec la loi sécurité globale, par exemple… Même s’il ne suffit pas de manier des symboles de gauche pour changer une politique vécue comme autoritaire, en politique progressiste… Au-delà de ces considérations stratégiques, les idées et les combats universalistes de Gisèle Halimi résonnent avec l’identité politique de la République qu’il est plus que nécessaire d’affirmer aujourd’hui. On peut aisément reconnaitre (à un détail genré près) l’avocate dans le fameux mot inscrit au fronton du Panthéon ‘aux grands hommes (sic !) la patrie reconnaissante’ … 

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