Oui, l'art d’essayer, du moins! Nicolas Sarkozy a justifié son remaniement par les nécessités de la crise internationale. En substance le message d’hier soir était le suivant : « les révolutions arabes vont bouleverser l’ordre des choses, j’adapte mon gouvernement». Emballage de luxe pour ce qui a surtout servi à faire disparaître un boulet actuel, Michèle Alliot-Marie et un futur boulet, Brice Hortefeux, toujours sous le coup d’une condamnation pour injure raciale. L’opération d’hier pourrait avoir comme sous-titre la réplique culte du "Père Noël est une ordure" : « si ça fait plaisir et que ça débarrasse »… Il est vrai que l’art de la politique consiste aussi à tenter de transformer une contrainte en ressort positif. « Quand vous ne maîtrisez pas les événements, feignez d’en être les organisateurs », cette maxime sur-utilisée trouvait hier son illustration parfaite. Plutôt que d’essayer de faire passer le fiasco diplomatique en douce, Nicolas Sarkozy apparaît à la télévision, dramatise (au sens dramaturgie, pas au sens aggravation) la situation politique. Il en profite pour adapter enfin le discours de la France face aux événements du sud de la Méditerranée. Et puis comme souvent avec Nicolas Sarkozy, on est dans l’inédit. C’est la première fois que le président annonce lui-même un remaniement. Nous n’avons donc pas eu droit à la formule rituelle et officielle, qui correspond à l’organisation de l’exécutif « sur proposition du premier ministre le Président nomme untel à tel ministère ». Autrement dit, le Premier ministre que le Président avait été contrait de renommer il y a trois mois est de nouveau borduré. François Fillon va subir le voisinage de celui que l’on appelle déjà le vice-président : Alain Juppé. Les conditions de la nomination d’Alain Juppé, voila un autre inédit dans la cinquième République !Oui, et l’on peut, ce matin, s’inspirer d’Alain Badiou et se demander « de quoi Sarkozy est-il le président ? ». Tout dépendra du maire de Bordeaux (tiens, au passage Alain Juppé reste maire de Bordeaux… on peut donc être maire de Bordeaux et n’être quasiment jamais en France)…Donc tout dépendra d’Alain Juppé qui avait, par le passé refusé plusieurs fois d’être nommé au Quai d’Orsay parce qu’il exigeait de ne pas être traité comme Bernard Kouchner. Le french doctor était un ministre de façade, utilisé pour sa belle popularité, un joli ministre empaillé, le plus étincelant trophée de l’ouverture. La politique étrangère se faisait à l’Elysée, dans son dos, pendant qu’il tentait de garder la pose. La tradition de la cinquième République veut certes, que la diplomatie soit le domaine réservé de l’Elysée mais aussi qu’il y ait un ministre des affaires étrangères digne de ce nom et qui incarne cette politique. Depuis Philippe Douste-Blazy inclus, ce n’était plus le cas. La nouveauté avec Alain Juppé c’est que le chef de la diplomatie a été en mesure d’imposer ses conditions à l’Elysée. Exit Claude Guéant. Alain Juppé a fait modifier l’organigramme de l’Elysée au plus haut niveau. Que va faire Alain Juppé de ce pouvoir ? Visiblement il compte garder sa liberté de parole, on l’a entendu, sur cette antenne, jeudi dernier, il savait qu’il serait le grand triomphateur de ce remaniement, ça ne l’a pas empêché de critiquer le débat sur l’islam voulu par le président. La présence rassurante mais tutélaire d’Alain Juppé peut consolider le dispositif du président pour sa campagne mais elle peut aussi offrir une alternative de choix pour 2012 si Nicolas Sarkozy ne parvenait toujours pas à remplir la fonction dans l’esprit des Français.

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