Ce matin une chronique un peu béate !

Oui et même un peu nunuche, vous savez le genre de chronique ou l’on décide de dire que tout ne va pas si mal, que tout n’est pas noir dans notre pays. Vous connaissez cette antienne sur les journalistes qui ne parlent que des trains qui arrivent en retard. Généralement on utilise cette expression pour faire taire les critiques… mais bon, au milieu d’une campagne assez brutale, au milieu d’une crise qui distille de la sinistrose, le commentateur que je suis revendique le droit de souffler et d’admirer béatement et de souligner un moment de soulagement, une éclaircie nationale dans un mouvement un peu moutonnier de consensualité éditoriale. Alors évidemment je fais référence à the Artist et à sa moisson d’oscars. Le succès de ce film français traduit la réussite d’une industrie basée sur une organisation bien de chez nous, un système de financement d’une branche de notre économie à partir d’un mélange d’initiative privée, de régulations assez cadrées et d’intervention de l’Etat et des collectivités locales. Un système d’économie mixte (comme on disait dans les années 80) qui génère, en retour des richesses et des succès tout en assurant une certaine qualité. The Artist n’est pas issu exactement de ce système puisque c’est une coproduction américaine. Mais la prise de risque de Thomas Langmann, réelle, était possible grâce au système français tout à fait particulier. L’autre succès français, moins éclatant, peut être sur le plan du rayonnement artistique international, bien que très exportateur là aussi, et en tout cas plus important du point de vue populaire, c’est bien sur Intouchable. Et alors là je vais me vautrer dans la béatitude la plus gluante. Une démonstration affligeante « bien pensance »… si Alain Finkielkraut écoute cette chronique il faut vite qu’il repasse sur France culture !

Vous allez nous parler du César pour Omar Sy et de cette réussite de l’intégration !

Pire, je vais me réjouir, sans cynisme ni ricanements de voir ce film qui parle d’entre-aide, qui parle de handicap, qui parle de mixité, de diversité, battre à plat de couture les blockbusters violents et facilement spectaculaires américains ; c’est assez rassurant sur l’état de notre société. Omar Sy est le Français le plus populaire, devant Zinedine Zidane selon l’enquête du Journal du Dimanche. Ce sondage, le succès du film et de ses messages sont le signe que la société n’évolue pas toujours comme on le croit trop souvent vers plus de renferment, plus de racisme. On confond la musique de fond imposée par certains mouvements politiques qui se disputent les suffrages de la partie la plus âgée de l’électorat, celle qui vote le plus mais qui ne traduit pas l’évolution réelle de notre société. Une société, qui, c’est vrai, est moins égalitaire socialement (son gros point noir) mais qui est plus ouverte, de moins en moins raciste. Le succès de Polisse de Maïwen ou de la guerre est déclarée qui consacre aussi des valeurs d’humanité, d’altruisme hors de toute mièvrerie, en disent beaucoup sur notre société. On est loin du propos de the Artist qui n’a pas la prétention de parler de la société, mais simplement de produire un beau spectacle en célébrant les origines du cinéma. Mais l’ensemble de ces films et surtout le fait qu’ils rencontrent un tel succès auprès du public, comme de la critique, consacre une formule, là encore bien galvaudée, souvent moquée et qui pourtant représente la plus belle des ambitions pour tous ceux qui s’adressent à un public… la formule « populaire et de qualité ». « Populaire et de qualité » c’est une sorte de quadrature du cercle que le cinéma français semble pouvoir résoudre, en ce moment, grâce aussi à une politique voulue par les pouvoirs publics et mise en place de longue date.

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