Oui le succès d’« Indignez-vous » prouve que Stéphane Hessel avait su formuler (après la crise de 2008) ce besoin de résistance face à la logique dominante de la performance et de la rentabilité, de la compétition dans tous les domaines de la vie, avec l’argent comme seul étalon. Une logique qui a raison de nos systèmes de solidarité élaborés dans la clandestinité par la génération de Stéphane Hessel. Son message est radical et fait en même temps référence à des figures humanistes modérées : Jean Moulin, René Cassin, Pierre Mendès-France. Mais la notion de résistance est ambigüe en démocratie. Hessel nous enjoint de nous indigner, de retrouver l’esprit de résistance tout en convenant que l’interdépendance des problèmes du monde actuel rend les motifs d’indignation moins évidents à déceler qu’à son époque plus binaire. Résister nous dit-il !… mais contre quoi ? Contre qui ?... Les tyrannies contre lesquelles il faudrait lutter aujourd’hui sont vaporeuses, insaisissables… Souvenez-vous de la tirade de François Hollande : « Il n’a pas de nom, pas de visage, mon adversaire c’est le monde de la finance »… cette envolée lyrique et engageante, directement inspirée du message d’Hessel nous reste sur les bras aujourd’hui… Justement parce que l’adversaire « n’a pas de nom, ni de visage ! ». Stéphane Hessel en 40 avait su choisir le camp du bien, risquer sa peau. Il a subi la torture. De nos jours, c’est à la fois plus complexe et moins dangereux. Le concept de résistance, qui imprègne encore les générations d’après-guerre est-il vraiment adapté à ce que nous vivons ? La résistance, mythifiée, ne peut se concevoir que comme une lutte contre une domination majoritaire et oppressante. Or en démocratie, de nombreux minoritaires radicaux, qui se sentent écrasés brandissent l’étendard de la résistance et en détournent le sens. De prétendus « résistants » affirment souvent s’opposer au politiquement correct, à l’idéologie dominante, à la pensée unique, c'est-à-dire en réalité à la majorité. Le mot de « résistance » cache souvent une forme de conservatisme quand ce n’est pas une attitude purement réactionnaire.La résistance dont parle Stéphane Hessel ne peut donc pas s’entendre dans le champ de la politique classique ? De nos sociétés démocratiques et ouvertes, non ! Mais plutôt dans le champ des expériences de vie alternative. Les ouvriers qui tentent de sauver leur entreprise en formant des Scop sont les vrais résistants, ils prennent des risques pour eux même, les activistes de mouvements alternatifs, de Notre-Dame des Landes, de certains squats, ceux qui s’interrogent sur les folies de la croissance et du toujours plus en adaptant leur propre mode de vie à leur idées, ceux qui tentent produire différemment, de façon plus respectueuse de la nature, ceux qui prennent des risques pour aider des migrants, ceux et celles qui s’opposent frontalement, ici ou dans les révolutions arabes aux nouveaux fondamentalistes religieux, obscurantistes et sexistes. C’est souvent, hors des partis qui font l’actualité politique et parmi une population très jeune que se trouvent les précurseurs et les résistants d’aujourd’hui. Et ça tombe bien que l’occasion nous soit donnée de le souligner ici, à Toulouse, ville à forte tradition de mouvements alternatifs.

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