Ce matin, commentaire de texte : « La justice est une autorité, pas un pouvoir. Les magistrats sont là pour appliquer la loi, pas pour l’inventer ou contrecarrer la volonté du peup

Oui, Marine Le Pen par cette phrase veut dénoncer les juges qui instruisent, en ce moment, les affaires concernant des candidats à la présidentielle. Cette phrase est une aberration démocratique ! La justice (on apprend ça en 1èreannée de droit) est un pouvoir. Depuis Montesquieu au 18éme siècle, et L’esprit des Lois et même au siècle précédent depuis John Locke, un Etat de droit se caractérise par la séparation de trois pouvoirs : les pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires. Alors c’est vrai que dans la Vème République la justice est dénommée par le terme « autorité » et pas par celui de « pouvoir » mais ça revient au même, la justice est un pouvoir puisqu’elle tranche des conflits et prend des décisions souveraines, que les deux autres pouvoirs ne peuvent remettre en cause. Dénier le pouvoir ( et même le contre—pouvoir) qu’est nécessairement la justice c’est, ni plus ni moins, envisager de déstabiliser la démocratie, comme si l’on retirait un pied à un trépied. Et puis il y a une contradiction a, d’un côté, laisser entendre que la justice serait instrumentalisée, aux ordres de l’exécutif, et de l’autre reprocher à cette même justice de se comporter comme un pouvoir trop indépendant et politisé. On ne peut pas être aux ordres et trop indépendant à la fois !

François Fillon aussi dénonce une justice abusive notamment dans le timing des procédures!

Oui et les soutiens du candidat LR demandent même une trêve judiciaire ! Alors que le calendrier résulte de révélations. Révélations dues à un intérêt accru de la presse, ou même des autres partis –et c’est dans la logique des choses- à tout savoir sur la probité d’un candidat qui semble aux portes du pouvoir. On passe au scanner les candidats de 1er plan qui ont de bonnes chances d’entrer à l’Elysée. La vie professionnelle et le financement de la campagne des autres candidats potentiellement présidents dans deux mois sont aussi scrutés et c’est bien normal. La France reste d’ailleurs une démocratie beaucoup moins sourcilleuse que ses voisines pour ce qui est de la transparence exigée de la part de ses dirigeants politiques. Et puis (ce fut d’ailleurs le 1erréflexe de F.Fillon) tout justiciable sûr de son innocence devrait demander, exiger même, une promptitude particulière de la justice pour que soit bien établi, avant les élections, qu’ils sont irréprochables. Demander une trêve judiciaire est donc un non-sens démocratique. Mais dénoncer la justice c’est critiquer le système à peu de frais (puisque la justice est le seul pouvoir à ne pas avoir le droit de prendre part au débat public)…ça fait partie de la mécanique Le Pen. De ce fait, pour l’instant du moins, elle n’y perd pas, c’est un chapitre cohérent de plus à son discours habituel. En revanche dans la bouche de F.Fillon, c’est une incongruité incompatible avec son discours précédent basé sur la probité et le respect des institutions. A tenir ce discours, qui ne lui ressemble pas, il gâche son image tout en validant les arguments de Marine Le Pen et la mécanique qui la renforce chaque jour.

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