"L'affaire" de la société générale n'a pas encore dévoilé tous ses secrets, mais elle n'en finit pas de susciter les critiques de la classe politique, unanime pour dénoncer "un système devenu fou". Choc des photos ce week-end. Vendredi, en arrière plan, les Alpes enneigées, photo de famille de généreux donateurs. Nous sommes au forum de Davos, dirigeants d'entreprises et responsables politiques du monde entier s'émeuvent de la situation des faibles, des exclus et des déshérités qui ont tant de mal à survivre. Le milliardaire américain Bill Gates vient annoncer un don de 306 milliards de dollars au profit du secteur agricole d'Afrique et d'Asie. 306. Le monde entier applaudit le patron de Microsoft pour sa générosité. Autre photo du week-end, une affichette, apposée à la Une des journaux, comme elle aurait pu être cloutée en d'autres lieux et d'autres temps à l'entrée des saloons : cliché de Jérôme Kerviel, trader fou, coupable d'avoir englouti près de 5 milliards d'euros. Wanted. Et le monde entier veut la peau de Jérôme Kerviel. Face lumineuse et face noire d'un même système, économie de marché, capitalisme, libéralisme - appelez le comme vous voulez - qui génère des profits gigantesques, en même temps que des pertes colossales. Un même système qu'on vénère ou qu'on fustige, mais parce qu'une photo chasse l'autre, qu'on abohrre aujourd'hui et qu'on regarde tout à coup comme le Mal en personne, à poursuivre avec gousse d'ail et crucifix ! Dans l'affaire de la Société Générale, Nicolas Sarkozy et François Fillon entendent faire la différence entre ce qui relève de la fraude, et ce qui relève de la crise des subprimes. Pour la première, ils entendent trouver un responsable, et on a cru comprendre que Jérôme Kerviel ne saurait à leurs yeux servir de lampiste. Il semble que le PDG de la Société Générale, Daniel Bouton, soit pour le moins dans une situation inconfortable, l'Elysée et Matignon verraient en effet plutôt d'un bon oeil que le responsable soit également le coupable, et donc qu'il démissionnât. Pour la seconde, conséquences de la crise des subprimes, Nicolas Sarkozy réclame de nouvelles règles de transparence et de moralisation du capitalisme financier, dont il entend d'ailleurs proposer quelques pistes à ses homologues européens demain à Londres. Mais en réalité, tout cela est mis dans le même sac, ces milliards engloutis "c'est un système financier qui marche sur la tête" dixit le président de la République. "C'est le symbole du capitalisme fou" pour le socialiste Michel Sapin, quand Ségolène Royal retrouve les accents de la vieille gauche pour dénoncer "la connivence des puissants qui jonglent avec des milliards pendant que les petits ont du mal à survivre". Louable unanimité, réconfortants cris d'orfraie. Mais comment dire, vilaine impression d'assister à un jeu de rôle. A chaque fois que le capitalisme financier s'enrhume, il est de bon ton en France de faire semblant de vouloir lui faire subir un traitement de choc. L'opinion publique préfère entendre, "Moralisation, transparence, patrons voyous, capitalisme spéculateur meurtrier" plutôt que "l'Etat ne peut pas tout" ou "que voulez-vous que je fasse, les caisses sont vides ?". Pour avoir tenu ces propos, considérés comme aveu d'impuissance de leur part, leurs auteurs ont plongé dans les sondages. Alors pour renouer le lien, nos dirigeants politiques se paient de mots, mais de quoi d'autres ? Ils sont bien peu nombreux aujourd'hui, extrême gauche exceptée, à contester cet ordre économique mondial. Leur critique d'aujourd'hui est donc circonstancielle et seulement circonstancielle, c'est peut être pour cela qu'elle manque d'un peu de... sincérité ?

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