Nous sommes un peuple assez étrange et contradictoire, très attaché à l'Etat mais critiquant sans cesse les agents des services publics, tout en étant persuadé d'avoir la meilleure administration du monde. On s'aperçoit après les tempêtes comme celle qui a frappé le sud ouest, qu'une grande solidarité peut se manifester spontanément entre tous. En même temps, nous sommes incapables d'organiser la société en dehors de l'affrontement. En écho au monologue péremptoire du président que nous décrivions hier, il y a les grèves et manifestations, qui sont aussi une forme de monologue. Nous sommes donc dans une société de l'affrontement et pas dans une société du contrat (comme en Angleterre) ou d'une relative cogestion (comme peut l'être l'Allemagne). La structure syndicale française, maigrichonne toute l'année mais gonflée d'une puissance symbolique les jours de forte mobilisation, le Président qui dit "J'écoute, mais je ne tiens pas compte", rien n'est fait de sérieux, rien n'est dit pour que ça change ! Cette façon de s'opposer à 100% quand on est dans l'opposition (voir le texte de la motion de censure des socialistes hier), ou de gouverner en concentrant les pouvoirs et sans tenir compte des corps intermédiaires quand on est aux affaires, est le résultat d'une conception bien singulière du débat politique. Elle s'appuie sur quelques postulats, sur des affirmations réputées vérités intangibles, comme par exemple : « La politique ? C'est une question de rapport de forces ». Tous les stratèges syndicaux et politiques vous le diront avec l'air de ceux qui ont tout compris et ils agiront en conséquence. Entre les élections, on passe son temps à évaluer le fameux et dramatique rapport de forces ! Pourtant, en principe, les règles de la politique en démocratie sont faites pour contourner et effacer les rapports de forces, pour laisser une chance au plus faible, pour favoriser l'égalité. On se gargarise du discours de Barack Obama. On devrait peut-être faire comme lui, qui en appelle aux pères fondateurs de son pays, écouter ce que disaient les inspirateurs de notre République : Voltaire disait « Une république n'est point fondée sur la vertu ; elle l'est sur l'ambition de chaque citoyen, qui contient l'ambition des autres ». Prendre en compte l'ambition des autres... c'est donc le contraire du rapport de forces ! Les manifestations, c'est peut-être dans notre nature depuis la révolution. Au fond, on connaît tous de vieux couples qui ne cessent de se chamailler et dont on pense toujours qu'ils sont sur le point de se séparer et qui restent toute leur vie ensemble. Chacun y trouve son compte ! Peut-être sommes-nous faits comme ça. Les couples que forment l'Etat et le citoyen, la droite et la gauche, les syndicats et le patronat ! Entre eux, l'épreuve de forces est le passage obligé. Dominique de Villepin pensait que s'il avait un million de personnes dans la rue, contre le CPE, et qu'il arrivait quand même à faire adopter sa loi, il aurait dompté la bête et serait alors imbattable à l'élection présidentielle. Seul le KO compte. L'idée que chaque avancée sociale doit avoir le goût du pavé est une vérité historique ancrée depuis 1789, 1830, 48, 71, 1936, 45, 68, 95 et j'en passe. Il faut ce petit frisson insurrectionnel qui grisera la gauche, suivi de l'inévitable réflexe d'ordre qui réconfortera la droite. Chacun y trouve son compte, comme dans les vieux couple ! Les plus beaux discours de Clémenceau, qui fut pourtant un ministre de l'intérieur briseur de grève, ses plus beaux discours sont ceux par lesquels il réclame l'amnistie pour les communards au nom du droit à la révolte ! Olivier Besancenot, que quasiment personne ne voudrait au pouvoir, est en même temps l'une des personnalités politiques les plus populaires en France. Nous sommes parfois insoumis, souvent contradictoires... gaulois ! On dira que c'est ce qui fait notre charme !

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