**Par Jean-François AchilliEt si le doute s’installe, c’est en raison des rumeurs les plus folles qui circulent autour de l’état de santé de l’ancien président de la République, qui doit comparaître dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris. Son avocat Jean Veil, lors d’une audience technique lundi au tribunal correctionnel de Paris, pourrait demander un renvoi à une date ultérieure, autant dire que le procès pourrait ne jamais se tenir. Les compteurs se sont affolés depuis que Charles Pasqua a déclaré que Chirac ne pouvait être cité à son procès à lui, celui de l'Angolagate, "compte, tenu de ses problèmes physiques". Le journal Le Monde a titré : "comparaîtra, comparaîtra pas". Jusqu’à l’apparition du grand Jacques, mardi soir, pour une cérémonie de vœux à la questure de l’Assemblée Nationale. L’ancien président s’est amusé de sa popularité : "je n’ai aucun mérite, normal quand on n’intervient plus dans les affaires". Mais il a lu deux fois le même paragraphe. Oui ou non est-il en bonne santé ?Il a 78 ans : il est physiquement très fatigué, plus de cinq ans après son AVC. Ceux qui le côtoient vous disent qu’il est capable de suivre une conversation de manière animée, et d'en perdre aussitôt le fil. La station debout l’épuise, il lui faut s'asseoir tout de suite, raconte un membre du Conseil constitutionnel. Il reste tout de même très "alerte" sur certains domaines très particuliers, il a toujours l'œil vif, s'amuse l'un de ses amis. Ses absences régulières, répétées, seraient un obstacle pour affronter un mois d’audience, malgré la salle de repos qui lui a été préparée. "Le coup de la maladie, c'est très classique", s'est insurgée Eva Joly sur notre antenne. La députée européenne Europe écologie a ajouté cette comparaison sévère: "Pinochet aussi se disait très malade. Il a vécu beaucoup d'années après". Jacques Chirac doit-il être jugé ?Oui, il le faut. C'est n'est pas là une question de revanche politique. Il ne s’agit pas d’humilier l'ancien président, de le jeter au fond d’un cachot. Lui-même accepte de comparaître: il le dit et le répète à ses proches, il ne souhaite pas se soustraire à cette épreuve, il défendra l’idée selon laquelle il n'y avait pas de système organisé, mais des pratiques qu’il prétend avoir ignorées. Il y a eu cet accord, décrié, passé entre Bertrand Delanoë, et l’UMP qui a accepté de rembourser en grande partie la Ville de Paris, ce qui a évidé le procès d’une grande partie de sa substance. Mais la vision de cet ancien président redevenu simple justiciable aura une vertu démocratique, même si le temps a passé et même s’il ne risque qu’une condamnation légère. L’histoire politique de notre Vème république est une litanie de secrets trop longtemps enfouis, qui fabriquent du ressentiment et de l’injustice. Jacques Chirac, pourrait être, à sa façon, une sorte de grand témoin, qui viendra affronter la vérité, pour le bien commun d’une société qui ne demande aujourd'hui qu’à respirer. En ce sens, il doit être jugé. Si sa santé le lui permet vraiment.**

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