Les manifestants d’hier étaient moins nombreux que ceux du 13 janvier qui s’opposaient au mariage pour tous… Est-ce que ça change quelque chose ?

Non, ça ne changera rien à l’avenir de cette loi qui sera, de toute façon votée à l’Assemblée et qui continue d’être soutenue par une majorité de Français, si l’on en croit l’ensemble des sondages. Ces deux manifestations ont été massives avec un net avantage pour celle des opposants. Il est rare d’ailleurs que sur un projet de réforme, il y ait des démonstrations populaires contre ET pour. Généralement, ce sont simplement les opposants qui se font entendre. En écoutant ce qui se disait dans le cortège, hier, on pouvait remarquer que nombre de manifestants s’étaient décidés à battre le pavé en réaction au succès de la manifestation du 13 janvier. Ces deux manifestations (en fait il y en a eu quatre) ont donc été des moments de division. De ce point de vue, on peut considérer que la préparation de cette loi par le gouvernement est un échec. François Hollande, qui a été élu avec l’idée maîtresse de ne pas dresser les Français les uns contre les autres, aura échoué puisque les Français (enfin des Français) sont descendus dans la rue pour dire, non seulement leur soutien ou leur opposition à un texte, mais aussi pour manifester contre d’autres Français. La responsabilité de cette déchirure incombe aussi et peut-être surtout à l’opposition qui a choisi de soutenir -c’est unique dans l’histoire des manifestations de mouvement démocratique- l’idée de descendre dans la rue, non pas pour obtenir un droit, non pas pour défendre un droit mais bien pour s’opposer à ce que d’autres puissent bénéficier d’un droit ! Il y a là une certaine violence (certainement non voulue d’ailleurs par la plupart des marcheurs du 13 janvier) mais une violence qui ne sera effacée que quand le mariage pour tous sera vraiment entré dans les faits.

Pour ne pas diviser les Français, François Hollande aurait-il dû renoncer à son projet ?

Non, bien sûr parce que, fondamentalement, ce n’est pas une loi qui divise puisqu’au final, c’est une loi qui étend un droit ! Seulement la façon -bien timide, presque honteuse- dont le Président a défendu le texte, les atermoiements malhabiles sur la PMA, intégrée ou non au projet, ont laissé de l’espace à l’affrontement plus qu’au débat. La PMA, qui ne sera d’ailleurs certainement pas examinée pendant cette législature, n’aurait, en toute logique, jamais dû figurer dans les projets de textes. Mais là, nous parlons à chaud, aux lendemains des manifestations, avec en tête les slogans du 13 janvier et ceux d’hier. Il faut bien souligner que ces manifestations, bien qu’impressionnantes, concernaient deux publics assez spécifiques, pas du tout majoritaires dans la population. Pour l’ensemble des Français, ce sujet est secondaire. Les marcheurs du 13 étaient très largement des catholiques venus de quartiers et villes plutôt bourgeois (rappelons qu’il y a 4% de catholiques pratiquants en France). Les manifestants d’hier étaient très largement des citadins, des étudiants. La France populaire n’était pas dans la rue, ni le 13, ni hier. Rappelons enfin que le mariage homosexuel ne concernera que quelques milliers de personnes par an, et encore moins pour l’adoption. Bref, tant de divisions pour si peu, tant de déchirements pour une réforme qui paraîtra tout à fait naturelle à l’immense majorité des Français dans quelques années… c’est bien une preuve de plus des crispations françaises et de notre incapacité à réformer sereinement.

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