Christiane Taubira démissionne et Manuel Valls rend public le projet pour la déchéance de nationalité. La voie se dégage-t-elle pour le Président ?

Non, je ne crois pas. Cette affaire de déchéance, et sa victime collatérale Taubira, reste le plus gros ratage politique de ce quinquennat. En se séparant d’Arnaud Montebourg ou des écologistes, on pouvait dire que le Président réduisait sa base politique mais qu’au moins, il gagnait en cohérence. En se séparant de Christiane Taubira, non seulement François Hollande flétrit un peu l’âme de gauche de son quinquennat, mais il racornit aussi, il ratatine sa base autour de la seule ligne de M.Valls, lui-même minoritaire au PS. Et ce rabougrissement ne lui fait pas gagner en cohérence. Ou alors c’est la cohérence de la solitude ou du régiment. Bien qu’il était au départ opposé à la déchéance de nationalité, bien que la semaine dernière encore, il était contre la reconduction de l’état d’urgence, Jean-Jacques Urvoas, le nouveau Garde des Sceaux, (qui espère avoir trouvé la formule pour sortir de l’impasse de la déchéance) ne fera pas défaut, aura le même discours que les deux têtes de l’exécutif. Mais en réalité, l’affaire contient en elle-même trop d’incohérences, un tel degré de non-sens stratégique, que la partie est forcément perdante pour le Président. François Hollande qui aurait, de toute façon, fait une autre erreur en renonçant à cette mesure annoncée dans le cadre solennel du Congrès à Versailles, s’était piégé lui-même en proposant l’extension de la déchéance.

Donc, la formule magique pour faire adopter la déchéance de nationalité n’a pas été trouvée ?

Non… où alors ça passera quand et comme la droite le décidera. Et ça ne ressemblera en rien à une réforme marquée du sceau vertueux de l’union nationale. Parce que ne pas faire de référence à la bi-nationalité dans la Constitution, ça ne change rien pour nombre de députés socialistes (peut-être 50% d’entre eux). Tout le monde comprend que la formule qui consiste à ne pouvoir appliquer la déchéance que dans les cas où ça ne crée pas d’apatride, fait que la règle ne s’appliquerait qu’aux binationaux. C’est un peu comme cette célèbre publicité pour la Ford T en 1908, « vous pouvez choisir la couleur de votre Ford T du moment que c’est noir », les quelques députés socialistes qui voulaient trouver une raison de voter saisiront cette opportunité, mais tous les autres, bien au-delà des frondeurs habituels, ne sont pas dupes, ils veulent pouvoir vraiment choisir la couleur de la Ford, et ce n’est pas du noir ! Le destin de ce texte est maintenant entièrement entre les mains de la droite puisqu’il doit être voté conforme, c’est-à-dire exactement dans les mêmes termes au Sénat (de droite) et à l’Assemblée (de gauche), pour pouvoir être soumis au congrès. Il n’y a pas de derniers mots décisifs des députés comme pour une loi ordinaire, donc ce sont les sénateurs LR qui ont toutes les cartes. Si, au bout du processus, la constitution est réellement modifiée, ce sera par un chemin législatif, politique, stratégique, tordu, contre la volonté profonde de la majorité. Tout ça pour une efficacité antiterroriste nulle, un symbole que plus personne n’arrive à définir et une unité nationale évaporée.

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