**La réunion du G8 est l’occasion de poser la question du rapport entre le monde de la finance et les politiques…Oui, cette question pourrait être formulée ainsi : « qui, en réalité, détient le pouvoir ? », ou bien les « politiques, dépositaires de la légitimité populaire ont-ils les moyens de réguler la finance mondiale ? ». Ces interrogations reviennent à chaque fois qu’un gouvernement, et en l’occurrence le nôtre, semble s’exprimer ou agir d’abord pour rassurer les fameux marchés. Dans le domaine financier, et particulièrement pour tout ce qui a trait à la régulation, à l’encadrement de la finance, il n’existe aucun contre pouvoir, aucune organisation pour contrebalancer le lobby de l’industrie de la finance. Les parlementaires européens en charge de règlementer les marchés financiers et les banques s’en alarment, en ce moment dans une indifférence assez inquiétante. Un groupe de députés européens, concerné par ces questions et composé de diverses nationalités, plutôt à gauche mais soutenues par des conservateurs et des libéraux (dont plusieurs UMP français) a rédigé et signé un texte par lequel il souligne « l'asymétrie entre la puissance du lobbying de la finance et des banques et l'absence de contre-expertise qui constitue un danger pour la démocratie ». L’industrie bancaire déploie d’immenses moyens pour inonder les parlementaires d’argumentaires favorables à leurs intérêts. Et rien en face. Contrairement à ce qui se passe dans le domaine social où les syndicats sont organisés, dans le domaine environnemental pour lequel les écologistes bien structurés veillent, tout comme pour les questions des droits de l’homme avec Amnestye international ou Human Rights Watch par exemple. Cet appel est passé largement inaperçu en France !Oui et c’est inquiétant et assez révélateur du peu de soucis que l’on a chez nous de l’utilité des contres pouvoirs. Beaucoup plus médiatisé dans le nord de l’Europe ou en Allemagne où l’appel des parlementaires européens spécialistes de la finance a fait la une de plusieurs quotidiens et constitue un vrai débat public en ce moment. Il faut dire que chez nous la finance, les puissances économiques et le pouvoir ont des relations un peu trop incestueuses…En France, il y a une imbrication liée à une forme d’aristocratie des élites, une consanguinité issue d’une tradition de capitalisme quasiment d’Etat. Il y a confusion des genres comme l’affaire Bettencourt-Woerth ou maintenant Woerth-Peugeot nous le rappellent. On comprend bien pourquoi, l’Elysée, Matignon et toute la majorité défendent en cœur Eric Woerth… Pourtant, afficher que l’on considère qu’il n’y a rien de choquant dans ce que révèle cette affaire, dans le fait aussi que le ministre du budget soit le trésorier du parti majoritaire c'est accepter l’idée, au mieux que le monde de la finance et de la richesse, et en l’espèce, de la délinquance fiscale, utilise le parti politique qui détient le pouvoir, au pire qu’il y a entente et collusion en haut lieu. En tout état de cause, l’impression que ce ne sont pas les politiques qui détiennent véritablement le pouvoir s’accroit. Dénoncer ces états de fait est monnaie courante ces derniers jours et la presse le fait avec une certaine constance, tout à fait justifiée et plutôt rassurante dans l’ambiance actuelle et les tentatives de contrôle des médias. Mais cette dénonciation salutaire peut avoir un effet négatif : attiser les populismes et réactiver le réflexe du « tous pourris ». Voilà pourquoi il faut des contre- pouvoirs crédibles et indépendants, à la puissante industrie de la finance. Voila pourquoi l’appel de ces élus européens est si judicieux et devrait rencontrer plus d’échos en France. ### liens

L'appel)**

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.