Certains demandent que la France organise un référendum sur un Frexit, sur la sortie de l’Euro ou pour ratifier une éventuelle réforme des traités. Thomas Legrand fait le point.

Affiche pour un "Frexit" lors d'une conférence du FN, 24 juin 2016
Affiche pour un "Frexit" lors d'une conférence du FN, 24 juin 2016 © Reuters / Jacky Naegelen

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Un frexit ?

Certains demandent que la France, à son tour, organise un référendum. Sur un frexit, sur la sortie de l’Euro (comme le préconise le FN) ou pour ratifier une éventuelle réforme des traités comme le voudrait Bruno Le Maire. Et c’est vrai que l’Europe pâtie d’un déficit de démocratie évident.

On peut voter aux législatives ou à la présidentielle pour une solution A dans son pays, si Bruxelles veut B, ce sera B que le gouvernement élu imposera au forceps. Voilà le ressenti général.

Dû, il est vrai aussi à un constant discours de défausse sur Bruxelles de la part de bien des responsables politiques, alors que ce B qui domine le A n’est que le fruit de la volonté conjuguée des gouvernements élus. La réponse de tout référendum sur l’Europe, dans n’importe quel pays de l’Union, à l’instar des anglais, a toutes les chances d’être négative. Le problème c’est (et on le mesure depuis deux jours) que le Non ne génère pas de solution alternative cohérente. Voilà pourquoi, après quelques déclarations pro-référendum dimanche soir en France, en dehors du FN, les velléités de consulter le peuple sur l’Europe se sont vite évaporées. Et hier, le communiqué à l’issue du bureau politique de LR, n’en fait mention que très vaguement et très hypothétiquement.

Le référendum ne serait pas si démocratique que ça !

Paradoxalement non. C’est un peu à la démocratie représentative ce que la musique militaire est à la mélodie. Comme la tradition gaullienne le voulait, dans une pratique centralisée et personnaliste du pouvoir, le référendum, d’essence plébiscitaire, était logique.

Mais (et ça c’est plus contre-intuitif) le référendum, bien souvent, va même à l’encontre de la démocratie participative. Souvent il signe l’échec d’un réel processus démocratique. Celui de Notre-Dame-Des-Landes c’est 20 ans d’absence de transparence et d’incapacité à associer les populations à l’élaboration d’une décision.

Le référendum de type Brexit, Frexit, ou sortie de l’Euro est, lui, en réalité le summum de la démocratie verticale et inopérante. Il sanctionne potentiellement mais ne règle rien.

Une démocratie adaptée à nos temps, au monde ouvert, connecté et sur informé, devrait être permanente, quotidienne, s’appuyant sur les nouveaux moyens d’information et sur, ce que le référendum écrase : les corps intermédiaires puissants et eux même démocratiques. La démocratie moderne, horizontale devrait plutôt s’appuyer sur des associations, des élus nationaux et locaux souvent renouvelés et divers, des syndicats prompts au dialogue, des assemblées de citoyens, parfois, pourquoi pas, tirés au sort.

La complexité du monde ouvert peut difficilement s’accommoder (sauf à être ponctuel, très local et d’initiative populaire) de l’outil référendaire qui est fait pour trancher, alors que la population aspire de plus en plus à être associée, non pas au choix final et binaire, mais à l’élaboration des projets. Malheureusement si cette forme de démocratie progresse, par exemple, au niveau des communes ; pour les Nations c’est plutôt à un retour de la verticalité et de l’autoritarisme auquel on assiste.

Et le référendum en est l’un des instruments les plus pernicieux.

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