Vous revenez sur le cas de l’Aquarius

En ce 1er jour d’un sommet européen consacré à l’immigration, que chacun prévoit infructueux... il faut le constater : le 10 juin, ce jour ou la France a regardé ses chaussures plutôt que de dire qu’elle prenait en charge l’Aquarius, comme l’aurait exigé le statut qu’elle prétend avoir dans le monde… ce jour-là, le Président semble avoir perdu la boussole qui indique son cap. Non pas que notre pays ferme plus ses frontières que les autres... mais le discours du président n’est plus lisible. Ne pouvant réussir à synthétiser, à « en-même-tempstiser » l’humanité et la fermeté, il utilise ces deux mots alternativement pour ne pas couper les ponts avec les diverses capitales européennes, aux positions opposées. Mais quand on pratique et la caresse et la gifle, c’est la gifle qui s’impose. Quand le président tance les organisations humanitaires, on retient qu’il parle comme l’extrême-droite italienne. Et quand dans le même temps, il assure (au Vatican et pour Madrid) que la France prendra sa part des passagers du Lifeline et de l’Aquarius, on retient surtout l’inconstance. C’est la rançon de l’ambiguïté, même si l’ambiguïté est tactique. Emmanuel Macron a donc loupé un coche historique le 10 juin en n’acceptant pas l’Aquarius. Politiquement, la perte d’identité qu’il s’est infligée lui-même, à ce qu’il prétendait représenter et qui correspondait, d’ailleurs, à l’identité historique et philosophique de la France, risque de lui coller à la peau s’il ne clarifie pas l’attitude de Paris lors de ce sommet !

Avec quel discours ?

Par exemple, celui que développait hier à ce micro Dominique de Villepin, par ailleurs soutien d’Emmanuel Macron. Un discours à la fois réaliste et généreux. Réaliste parce que le flux migratoire s’est considérablement tari cette année, grâce à la coopération entre les pays européens, en partie d’ailleurs sous l’impulsion de Paris ! Mais les Italiens et d’autres dirigeants populistes font durer l’impression de la crise pour continuer à en profiter... et ça marche parce que l’image d’un seul Aquarius signifie invasion pour la plus grande partie de la population. Le discours macronien aurait pu être «nous accueillons les bateaux des humanitaires» pour peu qu’il s’agisse de naufragés sauvés par des ONG (puisque de toute façon nous accueillons les passagers). Leur cas sera étudié ensuite avec la rigueur (la fameuse fermeté) nécessaire. Il ne s’agit pas d’asile mais de sauvetage en mer ! Un discours de courage, positif,  expliquant que la France peut soulager cette part (minime) de la misère humaine, qu’elle est bien assez forte pour le faire sans bouleverser ses équilibres et que c’est même sa vocation. Les Français sont-ils capables d’entendre ça ? Ils l’appliquent chaque jour dans des centaines de villes et villages qui ont accueilli sans drame les milliers de migrants de Calais qui ont été répartis à travers la France en 2016, au plus fort de la crise. Et comment éviter le syndrome Merkel ? C’est la question qui vient ensuite… et bien contrairement à Angela Merkel, coincée (parce qu’élue en coalition) par un ministre de l’Intérieur populiste, Emmanuel Macron, on semble l’oublier, a terrassé (et avec un discours d’ouverture)  le FN aux dernières élections ! 

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