Bon, jusqu'à présent, le mot d'ordre de Marx et Engels n'a pas eu le succès escompté par ses auteurs, mais si l'Europe, et l'époque étaient des terreaux favorables à l'internationalisation des conflits sociaux? Car franchement, c'est du jamais vu. Il y a encore quelques années, il n'y avait pire ennemi pour un pêcheur français, qu'un pêcheur espagnol! les premières réglementations européennes autour des quotas de pêche conduisaient dans le golfe de Gascogne, à de vilains affrontements en pleine mer. Et aujourd'hui, que voit-on? des marins pêcheurs qui pactisent au délà des frontières. Après qu'en France, les pêcheurs ont obtenu de leur gouvernement l'assurance d'un gazole à 40 centimes d'euros à la place de 75, les espagnols réclament la même chose chez eux, et la grève s'étend de Puerto de la Selva à la baie de Cadix...effet tâche d'huile d'une revendication nationale? Pour l'instant, c'est bien la cherté de l'énergie qui unifie le mouvement, Français, Espagnols et Italiens réclament une plate forme commune pour aboutir à ce prix unique du gazole. Pour autant existe t il une dynamique sociale convergente entre les différents pays? Jusqu'à présent, il n'existe pas d'exemples probants de succès de luttes communes. Les euro-grèves dans les rues de Strasbourg, Bruxelles ou dernièrement Lubjana en Slovénie rassemblent plusieurs dizaines de milliers de personnes mais elles ne se sont jamais données pour objet d'engager un rapport de force avec l'autorité européenne. Les syndicats nationaux ont longtemps été rétifs à la construction européenne, et ne se sont jamais encore jamais non plus servis de leur poids réel, plusieurs dizaines de millions de syndiqués à l'échelle européenne, pour exercer une pression particulière, ni même user du droit de pétition reconnu dans le Traité de Lisbonne. La confédération européenne des syndicats monte doucement en influence, mais reste pour l'instant surtout un lieu de rencontre et de dialogue pour les différents syndicats nationaux. Parce qu'il n'existe pas d'espace social européen, parce qu'il n'y a pas de législation sociale commune, la défense des intérêts des uns ne faisait pas forcément l'affaire des autres, le dumping social intra communautaire limitait forcément l'union des travailleurs européens. Le fameux "plombier polonais", tête de turque des nonistes de 2005, reste l'illustration parfaite de ces antagonismes non pas de "classe", mais de frontières. Le repli national a longtemps été vécu comme une protection, la solidarité internationale, en l'espèce, européenne, comme un danger et un risque supplémentaire de déclassement. ___ Les sujets d'inquiétude en commun, pétrole, pouvoir d'achat, délocalisation, ne font pas forcément des luttes communes. Restons prudents, mais disons que pour la première fois, les pêcheurs en tout cas, ont compris qu'il ne suffisait pas de faire du "bruxelles bashing" chacun dans leur coin, mais qu'ils étaient plus fort à 2, 3, 4 pays, qu'isolés et divisés. La pêche étant par ailleurs une des rares compétences exclusivement européenne, mieux vaut s'adresser au bon dieu qu'à ses saints, à l'autorité compétente donc plutôt qu'au pouvoir français aujourd'hui démuni malgré ses promesses et ses rodomontades. C'est donc à bruxelles, le 23 juin à l'occasion du prochain conseil, que les pêcheurs européens ont prévu de manifester leur inquiétude. Ils n'entendent pas seulement acter des aides d'urgence pour contenir la montée des prix du pétrole, ils aimeraient pouvoir imposer une re définition de toute la règlementation européenne en matière de pêche, 977 règlements communautaires à ce jour. Voeu pieu sans doute encore, très anti bruxelles en l'occurence, mais ce mouvement est peut être néanmoins la préfiguration de mouvements sociaux européens plus construits, où la prise de conscience d'intérêts communs, de communauté de destins pourrait aussi faire évoluer l'europe sociale.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.