Les sondages se succèdent et la prévision d’une très forte abstention demeure. Il y a plusieurs raisons à ça : l’absence d’enjeux immédiats, concrets, visibles, bien sûr ; le sentiment que les votes sur l’Europe ne sont pas pris en compte. Beaucoup d’électeurs du Non au référendum ont l’impression que leur message a été violé par l’adoption 2 ans plus tard du mini traité. Il y a aussi des raisons plus nébuleuses qui sont généralement avancées : les priorités contradictoires. Par exemple, les Français, en ces temps de crise, réclament de la protection. Or, la protection vient de l’Etat et non pas de l’Europe puisque l’Europe sociale n’existe pas. L’énoncé de toutes les raisons plus ou moins objectives et rebattues de l’abstention sont d’un ennui et cette campagne européenne est d’un ennui ! Alors, bien sûr, l’Europe, c’est important. Je sais que mon devoir d’éditorialiste politique est plutôt d’inciter à aller voter, de sublimer ce moment de grâce démocratique, de rappeler (comme on le fait dans ces cas là, la mine indignée) que des gens sont morts pour que nous ayons le droit de voter mais bon, ce n’est pas parce que des gens sont morts pour que j’ai le droit de voter que je dois mourir d’ennui pendant une élection. Sauf leur respect, est-ce que vous avez vraiment envie d’aller à un meeting de Michel Barnier en Ile-de-France ? Il est sérieux, compétent mais malheureusement, si l’on va à un meeting UMP en Ile-de-France, à la limite, ce sera plutôt pour assister au spectacle de la désinvolture et des approximations de Rachida Dati. Avez-vous vraiment envie d’aller écouter Gilles Parnieux ou Catherine Trautmann, les têtes de listes socialistes dans le nord Est et l’Est ? Non ! Alors on vous propose les retrouvailles de Martine Aubry et Ségolène Royal. Pas sûr que ça incite à voter ! Il y a bien Mélenchon, Villiers ou Cohn-Bendit, Bayrou, chacun dans leur style parlent de l’Europe avec une verve personnelle et un avis tranché - ça fera leur succès relatif mais ça ne fera pas une campagne digne de ce nom. C’est assez injuste pour le PS et l’UMP mais c’est ainsi, les deux grands partis n’arrivent pas à animer le débat. Les socialistes ont pourtant un mérite, ils ont rédigé un programme à 27. 27 partis socialistes européens ont signé le manifesto, un texte commun. Le seul problème c’est qu’il n’y a pas d’opinion publique européenne. L’UMP peut mettre en avant la présidence française et l’activisme de Nicolas Sarkozy, la TVA obtenue à 5,5 pour les restaurateurs. Seulement il ne s’agit pas de voter pour Nicolas Sarkozy mais pour des personnalités UMP de second rang. Ce n’est pas la notoriété du député qui fait sa qualité bien sûr mais le fait qu’aucun ténor de l’UMP ne veuille être candidat, que Rama Yade ait refusé d’être envoyée dans le triangle des Bermudes politique qu’est Strasbourg, que Rachida Dati soit obligée de faire semblant d’être contente d’y aller. Tout ça n’a rien de très motivant. La politique intérieure peut motiver les électeurs, pour voter ou ne pas voter, parce que ne pas voter peut aussi être une forme de message. Si, comme le montre notre sondage de ce matin, l’UMP fait 26% dans un contexte de forte abstention, c’est en réalité une première place en trompe l’œil. Le PS ne ferait qu’un 19% selon la Sofres. Il faut se mettre à la place de l’électeur socialiste habituel. Il a un choix assez large pour adresser un message d’insatisfaction à son parti favori. Les verts, Mélenchon, le Modem ou l’extrême gauche. Pourquoi irait-il voter PS ? Il n’y a pas de rééquilibrage d’élu à opérer par rapport à la droite. Plus de député PS à Strasbourg ne pourront rien contre la politique de Nicolas Sarkozy à Paris. Et puis le PS détient la majorité des mairies, des départements et la quasi-totalité des régions. L’idée du vote utile est donc très difficile à faire passer pour le PS ou l’UMP. Et si le vote n’est pas perçu comme utile, c’est automatique, c’est qu’il est inutile et c’est l’abstention qui gagne.

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