**Contre la réforme des retraites, mobilisation moyenne… Oui et c’est quand même d’un classique achevé ! Du déjà vu, du vécu mille fois... la panoplie est complète, on a toutes les composantes de la réforme à la française, faite d’affrontement de fausses négociations. Les syndicats, qui sont maigrichons par temps calme s’enflent, plus ou moins au moment de la protestation à la mesure de l’impopularité de la réforme proposée. Chez nous c’est comme ça qu’on juge du bien-fondé et de la popularité d’une réforme : ça se mesure dans la rue parce que l’exécutif n’a pas organisé les conditions d’une réforme concertée mais plutôt les conditions d’une victoire politique. Ça se mesure donc du doigt mouillé, Tout ça n’a rien de scientifique ni de démocratique. Un jugé fait de résultats de sondages que l’on relativise avec le chiffrage de participation aux manifestations, qui lui-même est estimé en pointant, à peu prés le milieu d’une fourchette qui va du chiffre de la préfecture à celui des organisateurs, de celui du Figaro à celui de l’Humanité… on pourra (si l’on veut encore mouiller son doigt en expert de l’ère du temps), on pourra plus ou moins relativiser ou dramatiser en tenant compte de la teneur des micros trottoirs entendus à la radio et à la télé ou des éditos de la presse de province. Avant d’arriver à la journée d’hier, hyper classique, affreusement prévisible, on avait vécu toute la série obligée des étapes de la réforme hystérique à la française. Il faut dire que le conseiller social de l’Elysée n’est pas vraiment un innovateur dans son domaine. Pour la rupture et la modernité, on repassera ! Raymond Soubie, est là, dans la coulisse sociale depuis…depuis toujours…depuis que je lis le journal en tout cas et ça commence à faire un bail ! Il connaît les syndicats par cœur. Les syndicats le connaissent par cœur aussi, ils ont leur langage, leur ruse, leur fausses intransigeantes, leurs arrangements et leur discours de perron. Ils sont experts dans l’art de finalement reculer en sonnant le clairon de la victoire. Monsieur Soubie sait diviser les syndicats, il sait annoncer ou laisser fuiter des éléments de la réforme au bon moment, par exemple, en fonction des dates de congrès des centrales qui, n’étant pas puissantes, ont tendance à favoriser des positionnements qui résultent d’une logique d’appareil. C’est ce que l’on appelle le rapport de force !Oui, mais on voit bien que la plupart du temps (par exemple hier) il ne peut être mesuré sérieusement. Les sondages disent que les français sont contre l’abandon de la retraite à 60 ans mais la mobilisation n’était pas très forte. Le gouvernement peut même parfois souhaiter une forte mobilisation dans la rue pour qu’il y ait véritablement affrontement politique, une sorte de quitte ou double. Qui dit affrontement dit gagnant et perdant. Le fantasme d’un gouvernement de droite c’est de résister à la rue, de passer cette sorte de Cap Horn social. Nicolas Sarkozy attend encore d’être cap-hornier dans ce domaine pour mériter enfin la qualité de vrai réformateur ! Mais normalement, le rapport de force, dans une démocratie, est encadré, il est organisé, il se mesure au parlement ou lors de véritables négociations entre partenaires sociaux. Si nous n’y arrivons pas, c’est aussi que la parole politique est versatile. Sur les retraites, justement. Pendant la campagne Nicolas Sarkozy avait dit qu’il ne toucherait pas aux 60 ans. Il l’avait répété plusieurs mois après l’élection. Il a changé d’avis et affirme sa nouvelle conviction avec autant d’aplomb que la précédente. Le PS, de son côté qui avait fustigé la réforme Fillon de 2003 qui rallonge la durée de cotisation trouve maintenant que c’est une très bonne idée. Une promesse trahie d’un côté, un piteux revirement de l’autre…en fait, beaucoup de postures. Dans ces conditions, la fameuse analyse des fameux « rapports de force » semble vaine et dénuée de toute réalité politique. On devrait peut-être revenir à quelques fondamentaux de la démocratie et relire ceux qui l’ont inspirée : Voltaire disait « Une république est fondée sur l'ambition de chaque citoyen, qui contient l'ambition des autres ». Prendre en compte l'ambition des autres... c'est une logique de concertation, de négociation au long court, voire de cogestion… le contraire de la logique du rapport de forces !**

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