Oui et ceux qui ont pu reprocher àFrançois Hollande de ne pas savoir fixer de cap, de ne pas savoir exprimer ce que le général de Gaulle appelait sa « certaine idée de la France »… ne peuvent plus, ce matin, lui adresser ce reproche. Le discours du Président, très personnel, a dessiné sa vision de la République à travers les portraits qu'il a dressés hier de ces deux catholiques, ces deux Francs-maçons, de ce protestant aux origines juives (signe des temps, il a explicitement fait ce décompte), de ces 4 résistants. En établissant des ponts, plus ou moins (plutôt moins) subtils entre les enseignements de la vie de ces héros et certains débats et problématiques d’aujourd’hui, François Hollande remplissait sa fonction. La pompe la plus classique et la plus sobre renforçait la solennité de ce moment inratable. La complainte du partisan, le chant des marais et le chant des partisans, comme autant de cantiques républicains et laïcs consacraient décidément la résistance comme étant la matrice incontestée des valeurs de la République d’aujourd’hui. L’exemple de la résistance pour se prémunir des nouveaux périls et fournir le meilleur liant entre Français. C’est d’ailleurs l’une des raisons (justifiée) de la colère des communistes : aucun des leurs n’est panthéonisé. La République, issue de la résistance, est donc désormais, sans doute, plus que jamais le cadre de l’acceptable pour notre vie démocratique. Même les marges de l’échiquier politique, peu portées sur la République il y a quelques années, semblent devoir se ranger sous l’égide de Marianne. Le FN, sincère ou pas, semble avoir compris qu’il n’est pas de salut pour lui sans un discours républicain (fusse-t-il bidon).

François Hollande est aussi accusé d’avoir fait cette cérémonie pour redorer son blason.

Et cette accusation n’est pas sans fondement. Nicolas Sarkozy avait, lui aussi, couru après son image présidentielle pendant tout son mandat. Une certaine inadéquation entre sa personnalité, sa façon d’être et la fonction présidentielle, lui était reprochée. L’efficacité du « Moi président » de François Hollande lors du débat de l’entre-deux tours de 2012 en est la preuve. Aujourd’hui, c’est donc François Hollande qui tente de construire sa stature. Le problème, c’est que ça se voit un peu trop. L’histoire lui fournit une sorte de béquille mémorielle. La scénographie d’hier le montrait si bien. François Hollande, seul sur les marches du temple, sous les majestueuses colonnes, les imposants portraits des héros. C’était un bain d’autorité naturelle, un dopant pour une fonction dont le maintien de l’apparat masque la réalité d’un pouvoir diminué. Nicolas Sarkozy ne s’y trompe pas. Ce n’est pas un hasard s’il a eu cette drôle et lourde idée d’appeler François Hollande « moi-je ». L’un et l’autre ont en permanence ce besoin de justifier leur présidentialité et de diminuer celle de l’autre. Ce n’est pas de leur faute, c’est même leur drame ! Sarkozy, puis Hollande, n’ont pas grandi dans une époque épique, et n’ont eu à choisir la Résistance qu’à dates fixes, celles des commémorations.

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