Ce matin, le pouvoir n’est pas populaire, mais son opposition l’est encore moins.

Lors du rassemblement du samedi 26 mai, des marionnettes géantes d'Emmanuel Macron et de Marianne
Lors du rassemblement du samedi 26 mai, des marionnettes géantes d'Emmanuel Macron et de Marianne © AFP / Avenir Pictures / CrowdSpark

Les oppositions aux réformes ne prennent pas. La droite, en surenchère obligée, face à une politique qu’elle pourrait approuver, peine à convaincre de sa sincérité. L’extrême droite, en panne de leadership, sans groupe parlementaire, tâtonne sur l’euro ou la politique sociale. La gauche modérée, encore sous le coup du grand désaveu, ne trouve pas sa place dans le tourbillon imposé par le couple Macron-Mélenchon.

C’est ce face à face tonitruant entre les deux seules réussites de la présidentielle qui truste la quasi-totalité des débats. Pourtant, rappelons-le, les 19 % de Mélenchon plus les 24 % de Macron au premier tour, s’ils font 99 % du bruit médiatique aujourd’hui, ne représentent même pas la moitié des participants de la présidentielle !

Dans ce trompe-l’œil, la mobilisation moyenne de la manif de samedi est logique. La métaphore marémotrice imprudemment évoquée par Jean-Luc Mélenchon propose (du clapotis au tsunami) toute la gamme des vérités et fantasmes de chacun. Plus de 60 organisations de gauche ont réussi à s’unir pour dire non… soit ! Mais elles ne produisent qu’un défilé classique, loin de la marée populaire. Jean-Luc Mélenchon conteste les chiffres, et décrit, dans Libération de samedi, un état des luttes sociales tel qu’il le rêve. Il croit que son indignation est performative, qu’en hurlant sa vision de la réalité, plus fort que les autres, celle-ci s’imposera. Avoir dit  (même s’il s’est dédit plus tard) "déferlons par millions" empêche de considérer la manif de samedi comme autre chose qu’un rassemblement du noyau militant de la gauche.

Il en va de la contestation de gauche du macronisme comme de la Manif pour Tous. Elle est d’autant plus bruyante qu’elle représente, en fait, une minorité sincèrement révoltée mais qui se surestime et vit la situation qui lui échappe comme une injustice.

C’est confortable pour le président finalement !

Plutôt. Alors qu’il devient évident, au fil des mois, que la promesse du dépassement du clivage gauche-droite ressemble, en fait, à un ancrage classique au centre-droit (jusqu’à preuve du contraire), alors que le chômage ne baisse plus, alors que sur les banlieues, le président déçoit largement, alors que la marche annoncée vers une transition écologique s’avère être un piétinement de semelles de plomb, l’impopularité du couple exécutif ne génère pas d’oppositions efficaces. Ces dernières restent plus impopulaires que la majorité !

Peut-être parce qu’au-delà du bienfondé (ou non) des réformes, les Français attendent de pouvoir juger de la capacité à agir du président français dans ce monde ouvert. La grande peur de l’impuissance française produit un effet surprenant dans l’opinion. Celle-ci semble rassurée de constater que le pouvoir retrouve simplement du pouvoir! Même pour faire des réformes parfois impopulaires. Le simple fait qu’un président semble enfin avoir en main des manettes qui répondent suffit à le maintenir dans une position supérieure à ceux qui voudraient qu’il ne réforme pas. C’est diabolique pour les oppositions parce que, justement, plus la contestation est virulente, plus elle renforce l’impression de puissance enfin retrouvée de l’exécutif, quelle que soit la nature de ses réformes.

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.