LR, grand-brulé des européennes : Thomas Legrand revient sur la stratégie de Laurent Wauquiez pour les élections européennes qui ont vu son parti crédité de 8.5 % des votes.

Le crash de la stratégie Wauquiez, qui consistait à réanimer une droite conservatrice et identitaire, c’est, en fait, la suite du toboggan Sarkozy 2016. Si Laurent Wauquiez avait été plus avisé, il se serait souvenu de la sévère déconvenue de Nicolas Sarkozy qui, sur une ligne à peu près identique à celle mise en œuvre depuis deux ans à LR, n’avait même pas réussi à se qualifier au 2nd tour de la primaire de la droite. C’est cette ligne qui avait échoué à l’époque. François Fillon, vainqueur de la primaire, on l’oublie, représentait alors une droite apaisante, un brin conservatrice certes, mais tout à fait compatible avec le centre. Il était même question fin 2016 que François Bayrou lui apporte son soutien. En réalité, Fillon incarnait alors cette ligne de crête entre le trop modéré Alain Juppé, soupçonné de draguer à gauche,  et un Nicolas Sarkozy droitisé à outrance. Puis Fillon s’est replié, comme on rentre dans sa coquille, au moment où il fut assailli par les affaires. Alors qu’il n’était pas dans la dénonciation du système et des médias, il s’y est radicalisé, rétréci, réfugié dans le discours racorni du noyau identitaire d’une droite qui se sent culturellement assiégée par le libéralisme sociétal. C’est cette droite qui dénonçait les acquis de 68 avec Sarkozy version primaire (dans tous les sens du terme), celle qui se rapprochait de Sens Commun, version Fillon blessé par les affaires. Ces deux exemples de défaites cuisantes auraient du convaincre Laurent Wauquiez que la prétendue majorité silencieuse n’était pas là où il le pensait.

Prétendue majorité silencieuse ?

Oui, ce n’est pas parce que le Figaro-Magazine et Valeurs-Actuelles titrent chaque semaine sur le retour de la droite conservatrice que c’est vrai ! Wauquiez, en quête de victoire culturelle, confond lecteurs du Figaro et électeurs de droite ! Il se trompe d’échelle. La Manif-Pour-Tous faisait d’autant plus de bruit qu’elle perdait, en fait, la bataille culturelle. La France n’est pas conservatrice. Ce qui se passe en Europe de l’Est ne se produit pas en France. D’ailleurs ce n’est pas sur ces thèmes que le RN s’enracine. F.X Bellamy a fait, un temps, illusion parce que son discours avait un ton apaisé… mais (et sa réaction spontanée s’agissant de l’affaire Vincent Lambert en fut un signe flagrant), l’universitaire versaillais était en total décalage avec la majeur partie de la droite et a fortiori de la France. Au fond, la ‘majorité silencieuse’ de la droite (pour reprendre cette expression surutilisée par Laurent Wauquiez), c’est peut-être, tout simplement, cette droite modérée qui souhaite un peu d’ordre, pas trop d’impôts mais une société plutôt ouverte et libérale. Conservatrice, juste ce qu’il faut pour se souvenir d’où l’on vient sans vouloir forcément y retourner. Cette droite, plutôt citadine et active, représente du monde et trouve son compte à LREM. La droite plus populaire et autoritaire, elle, se tourne vers le RN. Restait la droite conservatrice (droite Trocadéro dixit Edouard Philippe) qu’ont voulu incarner Wauquiez et Bellamy. Celle-ci, niche sociologique, est un peu comme ces vieilles armoires normandes que l’on hérite de nos grands-mères. Elles ont de la gueule mais sont inutiles et encombrantes pour la vie d’aujourd’hui.

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