Jean-Luc Mélenchon a encore mobilisé en masse hier. 20 000 personnes étaient présentes à son meeting, à Lille. Le nouveau rapport de force entre le Front de gauche et le Parti Socialiste modifie la donne à gauche.

Oui, un rapport de force Hollande à 27 / Mélenchon à 14, ce n’est pas tout à fait la même chose qu’un rapport 32 / 5… comme c’était le cas en septembre. Mais, Nicolas Sarkozy ne devrait pas particulièrement se réjouir parce qu’aujourd’hui, même si le PS est affaibli, le total est supérieur à ce qu’il était en septembre. 27 + 14 = 41 ! Alors que le total était à 37 après l’été. La puissance du Front de Gauche n’est donc pas un handicap pour l’élection de François Hollande mais peut constituer un sérieux problème pour l’exercice de sa présidence. Jean-Luc Mélenchon, qui appellera (de toute façon) à voter pour son concurrent socialiste au second tour a d’ores et déjà expliqué qu’il ne participerait pas à un gouvernement avec le PS. Mais de toute façon, la ligne politique de François Hollande est incompatible avec celle du Front de gauche et il serait assez étrange que le candidat socialiste songe à proposer des ministères à Jean-Luc Mélenchon ou à ses partisans. On ne voit vraiment pas comment, à moins de renoncements de part ou d’autre, ces deux gauches pourraient se retrouver dans un même exécutif pour faire face à la crise. Et si, pour stopper l’hémorragie, relative, des intentions de vote Hollande vers Mélenchon, le socialiste s’avisait de « gauchiser » son discours, il perdrait de l’autre côté, au profit de François Bayrou !

François Mitterrand et Lionel Jospin ont bien nommé des ministres communistes, pourquoi pas François Hollande !

En fait, il y a beaucoup plus de différences politiques entre Hollande et l’ancien socialiste Mélenchon, qu’il n’y en avait entre Mitterrand et Marchais en 1981. Marchais et Mitterrand étaient culturellement dissemblables mais le PS et le PC d’alors n’avaient, sur l’économie que des différences de degrés. Ils étaient pour plus d’Etat et une augmentation générale des salaires et des prestations. Le PS en faisait moins que ce que voulait le PC mais c’était acceptable pour les communistes. Jusqu’en 1983 du moins. Jusqu’au virage de la rigueur. En 1997, dans le gouvernement de Lionel Jospin, les communistes avaient une participation de témoignage. Le PC ne pesait plus rien. Avec François Hollande c’est autre chose. Le virage de la rigueur a lieu avant l’élection ! Le candidat socialiste ne veut pas d’augmentation du smic et des prestations décrétées d’en haut. Il veut respecter les critères de convergence européens et vise l’équilibre budgétaire pour 2017. Ce n’est plus une différence de degrés avec le Front de gauche mais de nature. Hollande et Mélenchon n’ont pas les mêmes conceptions de l’Europe, du budget ni même de la république sociale. François Hollande veut réformer par le contrat et la négociation sur un modèle décentralisé ; Jean-Luc Mélenchon, plus étatiste, privilégie la loi et le décret. Une alliance politique entre eux, et par temps de crise, serait donc une forme d’imposture. Alors ça ne veut pas dire que François Hollande voit ses chances d’accéder à l’Elysée diminuer. Il ne devrait d’ailleurs même pas infléchir trop son discours vers la gauche s’il veut continuer à attirer les modérés de tout poil… simplement s’il accède à l’Elysée, il risque de se retrouver avec deux oppositions, une à sa gauche et une à sa droite. Paradoxalement, la puissance de Mélenchon peut le pousser à s’entendre, après l’élection, avec François Bayrou. Les forces telluriques des plaques politiques sont souvent trompeuses.

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