Donc ce soir, le président parle…Et vous nous rappelez qu’il avait aussi promis « d’apaiser le pays » .

Oui, il faudrait que François Hollande se replonge dans « L’âme des peuples » d’André Siegfried… Je pense qu’il n’en a pas le temps mais il voudra certainement trouver les mots pour réactiver sa promesse (pas la moindre !) celle d’apaiser la société française. L’un des révélateurs de l’état psychologique d’une nation c’est son débat public. Et ce débat est, en ce moment, particulièrement agressif et acrimonieux. Un état de crise de nerfs. Par exemple dans de nombreuses grandes villes (ce n’est heureusement pas toujours le cas dans les plus petites communes) mais dans les grandes agglomérations les maires, les enseignants, les parents d’élèves constatent un niveau de tension et d’agressivité très élevé des intervenants dans les débats publics pour organiser le changement de rythmes scolaires. C’est un paradoxe significatif que de constater que quand une réforme (plutôt consensuelle) prévoit que sa mise en place sera négociée localement, au plus près de la population, elle finit par ressembler à un vaste pugilat. De même, les employés qui sont en contact avec la population dans les services publics, font aussi remonter cette impression d’agressivité grandissante.

Le débat politique, qui s’est brusquement dégradé est aussi le reflet de cette nervosité de la société…

Sans doute ! La violence des réactions des amis de Nicolas Sarkozy après sa mise en examen, les invectives de Jean-Luc Mélenchon contre les membres du gouvernement sont inédites. Ceux qui hurlent disent qu’ils relaient un ras-le-bol ! Tout est outré à l’image d’un Wauquiez par exemple, qui peut dire « on a tiré sur nos enfants » à la fin de la manif pour tous, les catholiques se disent méprisés pendant le débat sur le mariage homosexuel… Les homosexuels voient une partie de la population descendre dans la rue contre l’extension d’un droit ! Les musulmans dénoncent une « islamophobie » ambiante. La mécanisme qui devait nous faire passer d’une « société du conflit » à une société du « compromis social », pour l’instant, ne marche pas. L’exemple de l’accord national interprofessionnel est frappant. C’est un accord entre syndicats et patronat. C’est donc, normalement le résultat de négociation, d’une entente. Eh bien, ça ne passe pas ! Il est considéré par une bonne partie de la gauche comme une capitulation, une violence de plus. François Hollande et sa placidité bonhomme voulait en finir avec une société qu’il croyait hystérisée par cinq années de présidence sarkozienne. Mais l’ancien président, qui, c’est vrai, n’avait pas vraiment le profil et le tempérament d’un « agent d’ambiance de paix et de cohésion sociale », n’est pas le responsable de l’état de la société en profondeur. Le terme de « dépression collective », formulé en 2010 par Jean-Paul Delevoye, le président du Conseil économique et social, est plus vrai que jamais. La France est comme un chômeur déprimé. Un chômeur déprimé a plus besoin d’un emploi que d’un psychiatre. Mais un psy peut l’aider à retrouver la sérénité qui convient pour avoir plus de chances de retrouver un emploi. Pour un peuple, c’est pareil… mais le Président n’est ni un employeur ni un thérapeute ! Le problème de notre organisation politique – la Vème République- c’est que depuis 1962, le président se fait élire en faisant croire qu’il est les deux… Et tous les sept ans, et maintenant tous les cinq ans… nous ne demandons qu’à le croire !

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