Ce matin Thomas Legrand s’interroge sur le ton particulièrement modéré du Front National dans cet entre deux tours…

Oui, à écouter les candidats FN en ballotage, on a vraiment l’impression d’entendre de gentils agents d’ambiance, élus pour faire traverser les petites vieilles au feu rouge. Le rassemblement Bleu Marine vire au rose-bonbon depuis lundi ! Marine Le Pen hier, au micro de France Inter, nous a fourni une illustration parfaite de sa stratégie de « cotonisation ». Une mairie FN gardera tous les employés municipaux, même dans l’administration pléthorique d’Hénin-Beaumont. Elle ne changera aucun nom de rue, ne modifiera rien à la politique culturelle de la ville. La patronne du FN refuse même de considérer que le « bleu-marinisme municipal » puisse être une vitrine ou un laboratoire de ce que serait une majorité FN au Parlement! A part un discours un peu plus dur sur la sécurité que celui de Manuel Valls, à part des propos (de plus en plus vagues et généraux) sur les étrangers… Marine Le Pen semblait, hier dire tout ce qu’il fallait pour courtiser les abstentionnistes, qui sont en majorité des électeurs habituels de la gauche et même des Français issus de l’immigration. Le rottweiler ronronne comme un bon gros matou. Une analyse réflexe nous pousserait à dire que Marine Le Pen avance masquée, que l’extrémisme, « cheveux blonds-idées brunes » se cache sous les propos lénifiants, que les airs de notables rad-soc de Steeve Briois, Florian Philippot ou Robert Ménard ne sont que stratégies. Gilbert Collard à Saint-Gilles dimanche, répétait, avec la componction doucereuse d’un évêque, qu’il voulait « déclarer la paix » dans sa ville… on avait envie de l’embaucher comme médiateur de rues pour cité difficile. Et Louis Aliot expliquait qu’il voulait gérer sa ville en « bon père de famille »… Il faisait plus gendre d’Antoine Pinay que de Jean-Marie Le Pen !

Cette stratégie est déroutante pour les concurrents du FN…

Oui, Marine Le Pen inaugure une nouvelle forme de populisme… quasiment désidéologisé. Pour une population qui n’a plus de culture politique ni de références historiques…ou qui les a abandonnées. Le discours de Marine Le Pen semble ne pas s’inscrire dans une tradition politique. Du coup, faire référence au fascisme, aux valeurs traditionnelles de l’extrême droite pour la combattre, tombe à plat. Marine Le Pen, et ceux qui se réclament du mouvement « bleu Marine », n’épousent pas les obsessions historiques collaborationnistes et antirépublicaines de la génération des Jean-Marie Le Pen ou Bruno Gollnish. Dire « attention Marine Le Pen est le faux nez du fascisme » sonne aussi creux que de dire « voter UMP, c’est voter gaulliste, les descendants des résistants », ou de reprocher à Pierre Laurent le fait que Georges Marchais ait nié l’existence des goulags… Comme si les positions politiques devenaient hors sol dans une époque de zapping idéologique ! Les tabous sautent… dans les deux sens. La droite peut parler comme le FN et le FN, quasiment comme la « bien-pensance » qu’il est censé dénoncer. De fait, cette évolution « désextremise » Marine Le Pen, qui ne voit pas d’inconvénients à ce qu’un maire FN marie un couple homosexuel. Ces positionnements donnent au front Républicain un caractère totalement inadapté. Mais ces positionnements sont pour l’instant purement théoriques. Dans quelques semaines et quelques mois, quand des maires FN seront confrontés à la réalité de la gestion d’une collectivité humaine, nous verrons bien ce qui se cache, ou pas, sous ce nouveau visage apaisé du FN… rien n’est écrit parce que parfois (pas toujours) … les convictions en général et l’extrémisme en particulier sont solubles dans le pouvoir !

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