Chaque nouvel attentat produit ses débats de société. Après celui de Bruxelles, Patrick Kaner, le ministre de la ville parle des Molenbeek français, « ces quartiers où les salafistes veulent prendre le pouvoir ».

Oui, après les attentats de janvier 2015 la France plongeait dans un grand débat désordonné, mené dans les journaux, à la radio et à la télévision, mais aussi, sur les réseaux sociaux, à propos des ratés de notre modèle d’intégration. Le mot d’ordre était « pas d’amalgame » Après les attentats de novembre s’était posée la question de la responsabilité de l’Islam avec plus d’insistance. Les mosquées radicales étaient mises en causes, parfois même perquisitionnées. On s’est demandé (avec Gilles Kepel) si le djihadisme était d’abord une radicalisation de l’Islam ou (avec Olivier Roy) si le terrorisme était plutôt le signe d’une islamisation de la radicalité. Manuel Valls et Jean-Louis Bianco s’opposaient durement sur la définition de la laïcité. Est-elle trop fermée, un élément de relégation des musulmans ? Ou est-elle trop souvent mise sous le tapis pour acheter la paix dans les quartiers ?

Ce sont des débats utiles quand même…

La plupart sans doute. Il y a eu aussi les débats inutiles comme celui la déchéance de nationalité. La question, au fond, sous-jacente à tous ces débats clivants est celle–ci : qui sont les vrais responsables ? La société pour avoir laissé se développer une telle inégalité, terreau du jihadisme ? Ou l’islam, forcément obscurantiste, incapable d’entrer dans la modernité ? Les débats opposent les « contextualistes » aux « essentialistes ». Mais, comme toujours, rien n’est si simple et Manuel Valls peut se montrer contradictoire en dénonçant une situation d’apartheid en France, puis en fustigeant ceux qui veulent trop comprendre au risque d’excuser… Contradictoire ? Peut-être en réalité complémentaire, Comme Kepel et Roy que l’on a tort d’opposer. Parce que pendant que l’on débat en haut… sur le terrain, dans ces cités ghettoïsées, les travailleurs sociaux, se débattent eux avec des moyens toujours réduits. On parle en haut des valeurs de la République et de la Laïcité, mais l’on retire, en bas, les outils qui font vivre la République et la Laïcité au quotidien… Il s’installe, même à gauche, l’idée que des milliards ont été déversés, en vain, dans les banlieues. Mais en réalité, les acteurs de terrain, assistantes sociales, inspecteurs du travail, profs, responsables d’associations d’alphabétisation, d’aide aux femmes seules, d’encadrement culturel ou sportif de la jeunesse sont à cours de moyens, démunis. L’islamisme économique, politique et culturel a le champ libre. Il faut lire le texte fort de Didier Daeninckx, pour comprendre que l’on n’a pas à trancher sur la responsabilité entre la société et l’islam. Elle est partagée. L’écrivain vit dans un quartier très populaire. Il dit sa colère de voir les élus composer, par lâcheté, avec l’islamisme, il se vit comme pris en étau entre, d’un côté, « la menace mortelle des nihilistes, de l’autre la faillite des institutions ». Le mieux, pour mener les vrais débats intellectuels, s’est de s’intéresser d’abord à ceux qui se débattent avec la réalité. C’est ce que fait et vit Didier Daeninckx. Vous trouverez son texte sur le site du Monde.

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La tribune de Didier Daeninckx

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