Ce matin, vous vous interrogez, sur les mécanismes qui établissent la hiérarchie entre les candidats. Et cette hiérarchie est mesurée par les nombreux et concordants sondages.

Ils établissent un ordre évolutif qui détermine, pour une bonne part, les comportements des acteurs politiques, leurs stratégies, et même la façon dont nous les interrogeons. Ils ne sont donc pas sans influence sur les dynamiques des candidats. Les sondages ne sont pas que des thermomètres puisqu’ils agissent sur la fièvre. Ce qui en font des instruments délicats à manier mais néanmoins nécessaires puisque le vote est un choix fait de convictions et de stratégies… Les électeurs, aussi, ont le droit d’être stratèges et malins et même pervers, pas seulement les candidats.

Ce matin la hiérarchie s’établit ainsi : Le Pen et Macron sont –en tête- au coude à coude entre 24 et 27% dans plusieurs sondages (celui d’IPSOS pour Radio-France place Marine le Pen à 25 et Emmanuel Macron à 24%). Ils distancent tous les autres et à la fin Macron est largement élu dans toutes les enquêtes qui testent le 2nd tour. François Fillon voit son socle s’éroder tout doucement ou se maintenir à un niveau solide mais trop bas pour se qualifier. L'évènement de ces derniers jours c’est que Jean-Luc Mélenchon s’installe devant son rival de gauche Benoit Hamon. Prenons le cas de cette simple évolution. Elle reflète une réalité politique : Mélenchon a été jugé meilleur lors du débat de lundi dernier, juste après un week-end de mobilisation au cours duquel sa démonstration de force a été plus impressionnante que celle du candidat socialiste. Bref, une concordance d’éléments objectifs, consacrés par les sondages, a établi en quelques jours un nouveau rapport de force à gauche.

Avec des effets sur leurs dynamiques respectives…

Oui et vous allez voir que la pertinence d’une candidature Hamon va maintenant émerger. La question qui était posée à Jean-Luc Mélenchon sur son ralliement au candidat socialiste, plus central et mieux placé, va être posée désormais à Benoit Hamon distancé par Jean-Luc Mélenchon. Mais les conséquences s’enchainent. Benoit Hamon sort de la zone de probabilité d’être au 2nd tour et libère la démarche de bien des électeurs socialistes qui hésitaient (ou attendaient) de rejoindre Emmanuel Macron.

Une campagne qui révèle l'épuisement de nos institutions

La force de la notion de « vote utile » vient bien sûr des sondages qui reflètent une réalité qu’ils contribuent à renforcer. C’est infernal ! Cette mécanique des fluides électoraux, basée, quand même, sur des constats de mobilisation lors de meetings, des prouesses tribuniciennes, alimentent les commentaires. Ces dynamiques observées sont déconnectées d’un quelconque thème de campagne qui dominerait et expliquerait la hiérarchie du moment. Emmanuel Macron est donné vainqueur à la fin ! Certes mais est-ce parce que l’un de ses thème de prédilection s’est imposé ? La libéralisation de l’économie ? Sa vision de l’éducation, de l’immigration ? Franchement, on ne voit pas ! Cette étrange campagne sans thème dominant, au cours de laquelle nombre de candidats remettent en cause nos institutions personnalistes est, paradoxalement, beaucoup plus axée sur le profil, l’âge, l’identité, le caractère des candidats, leur capacité à renouveler le paysage politique. Elle révèle l’épuisement, soit de nos institutions, soit de toute une génération de responsables publics.

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