Ce matin, un sondage ODOXA pour le journal Témoignage Chrétien...

Sondage qui détaille les ravages sur l’opinion, vis-à-vis de l’église, provoqués par les affaires de pédophile. Pas tellement les affaires elles-mêmes d’ailleurs (qui touchent bien d’autres organisations humaines) mais leur gestion par la hiérarchie catholique. 56% des Français ont une mauvaise opinion de l’église, c’est 24 points de plus qu’en 2010. Les chiffres sont désastreux, aussi parmi les catholiques (pratiquants ou non) qui n’ont pas accepté le déni, puis la minimisation, puis les tentatives de soustraction à la justice de la part des évêques et des cardinaux. Signe des temps qui ne trompent pas, seuls 19% des catholiques estiment que ces affaires sont trop médiatisées. Ce sondage porte aussi sur les solutions préconisées pour faire évoluer l’église : 88% des catholiques, 78% des pratiquants sont favorables au mariage des prêtres. 79% des catholiques, 68% des pratiquants sont pour la prêtrise ouverte aux femmes. 

Des Français catholiques progressistes finalement ! 

Ils le sont devenus. La grande défiance qui s’abat sur l’institution vient aussi souligner un particularisme longtemps accepté mais qui ne l’est plus : une situation, sur bien des points, hors droit commun. Est-ce que notre société, notre droit, accepterait, par exemple qu’une nouvelle organisation soit créée avec, dans ses statuts, des fonctions interdites aux femmes et surtout, pour tous ses employés cadres, l’interdiction du mariage et la promesse de chasteté sous peine d’être renvoyé. Ce caractère hors du droit commun (par exemple, il y a une dérogation pour l’église qui permet au contrat de travail entre un prêtre ou une religieuse et l’institution de ne pas être soumis aux même règles, devoirs et droits que tout autres activités)... Ce caractère dérogatoire aboutit à ce que la hiérarchie catholique estime (confusément) qu’elle n’est pas complètement soumise aux lois de la République. Ainsi, ces affaires ont démontré ce que l’église avait mis en place pour se soustraire à la justice, en toute bonne conscience. Il fut également impossible de nommer une commission d’enquête  parlementaire sur la gestion de la pédophilie par les chefs catholiques. Les parlementaires eux-mêmes  s’y sont refusés alors qu’elle aurait été promptement diligentée s’il s’était agi d’une autre organisation, avec des missions d’éducation en contrat avec l’Etat. De même, le pape s’est cru autorisé à refuser la démission du cardinal Barbarin, comme si la Justice du Vatican (pour ne pas dire divine) devait primer. Tout comme fut extravagante la fin de non-recevoir opposée par Rome à la convocation du cardinal Ladaria par la justice française. La question du statut juridique de l’église s’est toujours posée. Les hiérarques plaçaient d’abord la justice de Dieu au-dessus. Ce temps est révolu, bien sûr, ils n’en sont plus là... mais il reste quand même ce sentiment d’extériorité au monde réel, au droit commun. Les fidèles, visiblement souhaitent une normalisation, une démocratisation (là aussi il y a tension entre nécessaire verticalité et souhaitable horizontalité). Mais est-ce que normalisation et démocratisation peuvent aller de pair avec la sacralité ? La transparence avec le mystère ? Voilà une question bien au-dessus du niveau de cette chronique !

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