François Bayrou, ex candidat à la présidentielle et président du Modem est l'invité de France Inter ce matin à 8H20 et c'est un homme seul. Peut-on avoir raison seul contre tous ? Question qui vous rappelle peut-être un écrit du bac, à laquelle vous avez sans doute répondu par l'affirmative, en expliquant que Oui, philosophiquement, moralement, un homme seul peut avoir raison contre le reste du monde. La réponse est plus compliquée lorsqu'il s'agit de politique. Avoir raison ne suffit pas à donner les moyens d'exercer ce qu'on croit juste puisque dans notre système démocratique, pour faire simple, il faut disposer d'une majorité pour imposer ses vues à une minorité. Pour cela, avant de valider sa démarche à l'occasion d'une élection, il faut emmener des gens avec soi, agréger des convaincus qui en convaincront d'autres. Alors revenons à François Bayrou... Peut-il avoir aujourd'hui raison contre tous ses amis ? Pour faire simple est-il un visionnaire, qui construit pierre à pierre l'alternative politique de demain en "décentrant" le centre en quelque sorte, ou est-il cet "illuminé" décrit par Simone Veil, "convaincu dit-elle, d'avoir été touché par le doigt de Dieu et donc prédestiné à devenir président de la république". François Bayrou bâtit-il une nouvelle offre politique ou se complaît-il dans le mysticisme de sa propre destinée ? Chaque nouveau départ dans ses rangs accroît de fait son isolement. Mais pose aussi désormais la question de la validité de sa démarche. Après Jean-Louis Borloo en 2002, André Santini avant le premier tour de 2007, la cohorte de ses députés, qui le lâchent entre les 2 tours de la dernière présidentielle, c'est donc au tour de Jean-Marie Cavada de s'éloigner. Dans le camp de François Bayrou, camp retranché et dégarni, ce sont les mêmes mots qui répondent à chaque nouvelle défection : traître, opportuniste, mange-soupe, arriviste. Et il faut avouer, que souvent, ces mots-là trouvent de l'écho. A ceux qui ont trahi, Nicolas Sarkozy a souvent fait bon accueil - un maroquin ministériel ou une solide investiture UMP garantissant la victoire aux prochaines municipales. Mais pour autant, entend-t-on assez les mots de ceux qui partent ? Ceux qui parlent du comportement présidentiel et parfois autocrate de François Bayrou. Jean-Marie Cavada le décrivait lundi comme "dévoré par un désir de solitude et entouré de gens l'enfermant dans un cercle d'applaudissements". Ce n'est pas seulement que ses électeurs traditionnels soient déboussolés par son nouveau positionnement politique et ses alliances à géométrie variable, quand longtemps, ils ont tenu pour acquis son appartenance à la droite. C'est aussi que ses élus supportent mal de ne jamais être consultés sur une stratégie, qui les concerne aussi. A quelques jours du Congrès fondateur du Modem, François Bayrou poursuit sa route. Il porte sans relâche un diagnostic sévère sur l'action gouvernementale. Il se prépare à affronter des élections difficiles, les municipales. Il y connaît le poids des notables, lui qui en a désormais si peu. Mais il reste convaincu de la justesse de ses choix novateurs pour le centre, fort de son glorieux face à face présidentiel avec les français - 7 millions lui ont fait confiance. Reste que ce face-à-face finit par l'enfermer et l'empêcher de chercher à agréger autour de lui de nécessaires soutiens et relais. Et ce n'est pas la moindre des critiques que de lui reprocher de se comporter, à l'intérieur de son propre mouvement politique, comme son illustre repoussoir, Nicolas Sarkozy, lui aussi tellement sûr toujours d'avoir raison seul contre le reste du monde. Nicolas Sarkozy sut aussi pour parvenir à l'Elysée, se faire accompagner. François Bayrou a encore 4 ans et demie pour apprendre.

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