5 SDF sont morts en ce début d’hiver. Et aujourd’hui, Nicolas Sarkozy doit prononcer un discours sur la politique du logement du gouvernement. Le Président, alors candidat en campagne, promettait que d’ici deux ans, « plus un seul SDF dormirait dehors ». Implicitement, on avait compris que, au-delà de la question récurrente et complexe des centres d’hébergements, la relance du logement social locatif pour très bas revenus était inscrite au programme et que c’est par ce biais là que la promesse serait tenue. Elle ne le sera pas, comme toutes celles de ses prédécesseurs parce que l’affaire est extraordinairement compliquée et qu’on fait mine de la redécouvrir fin novembre tous les ans. Voilà comment bien commencer une bonne chronique indignée en hiver. En journalisme, on appelle ça un marronnier ! Dès les premiers frimas, l’éditorialiste se doit de dire des choses comme : « Pourquoi faut-il que le gouvernement redécouvre chaque année qu’il fait froid en hiver et qu’il y a des SDF ? ». Quand vient l’été, juste avant les vacances : « Comment ça ! Le gouvernement n’avait pas prévu les grandes chaleurs et il laisse tous ces petits vieux se dessécher ? » La presse est pleine de ces éditos ces jours-ci et même si, bien sûr, c’est tout à fait justifié ; même s’il faut rappeler que François Mitterrand, avant Nicolas Sarkozy, en 88, avait promis que si on le réélisait, il n’y aurait plus de « nouveaux pauvres » (c’est comme ça qu’on les appelait à l’époque, avant que ce soit des pauvres tout court) ; même si Jacques Chirac nous avait refait le coup avec la « fracture sociale » ; même s’il faut inlassablement dénoncer des municipalités comme Neuilly (tiens!) qui n’ont que 2,6% de logements sociaux quand la loi oblige les villes à tendre vers les 20% ; même s’il ne faut pas se priver de commenter une décision de justice ahurissante et scandaleuse qui condamne le DAL à 12.000 euros, une association utile qui a besoin de subvention et non pas d’amendes ; même s’il faut se moquer des politiques qui se sont prosternées en d’obséquieuses courbettes et de mielleux discours devant les abbés Pierre et autres sœurs Emmanuelle quand ils étaient populaires et vivants ; même s’il faut critiquer ces hommes et femmes politique qui, après la photo avec l’abbé Pierre et sœur Emmanuelle, refusent toujours la réquisition des logements vides ; même s’il vaut mieux rire de Christine Boutin, la ministre du logement et de la compassion, qui a calé son armoire avec le rapport très audacieux et novateur sur le logement qu’elle avait pourtant commandé au député UMP Etienne Pinte ; même s’il faut tenir à jour le nombre de kilomètres de couleuvres que la ministre à englouti depuis un an pour ne pas trop brusquer les maires de son parti-tout le vivarium du jardin des plantes n’y suffirait pas ; même si tout ça mérite d’être dit, on s’aperçoit qu’il y en a plein les journaux, qu’on l’a écrit l’année dernière et l’année d’avant et qu’on le réécrira l’année prochaine et on est soudain pris d’un aquoibonisme aigu ! Ce qui est compliqué, au-delà des dénonciations banales et lassantes, c’est que ce qu’il y a à dire de plus intéressant n’est pas particulièrement d’ordre politique - ça tournerait plutôt autour de questions de l’attitude de chacun. D’où vient que l’on accepte autant la misère à nos portes et pourquoi réclamer une politique de solidarité ou donner un chèque à une association semble nous dispenser de pratiquer une solidarité de voisinage ? Ce sont des questions philosophiques, peut-être religieuses pour certains ! Alors si l’on veut revenir sur le champ politique, en réalité, il faudrait tout simplement ne plus accepter les promesses. Qu’un homme politique ne puisse plus dire : « dans deux ans, promis, plus personne ne dormira dans la rue ». Qu’ils le fassent et il sera toujours temps de le féliciter dans la chronique du 28 novembre 2010.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.