Le nucléaire devient un débat à « haute teneur polémique » entre François Hollande et Nicolas Sarkozy.

Oui, François Hollande va publier cet après midi, dans Le Monde une tribune sur sa conception de la politique énergétique. Nicolas Sarkozy avait dramatisé ce débat en accusant ceux qui veulent baisser la part du nucléaire de vouloir « brader l’intérêt supérieur de la Nation ». Pour réagir à l’accord Verts-PS, qui, il est vrai, a été signé de la plus piteuse des façons, le président ressort des comparaisons de quand on était petit. La réduction de la part du nucléaire c’est, dit le président : « le retour à la bougie ». Ça rappelle les arguments des parents effarés des hippies des années 70 qui voulaient aller faire « pousser des chèvres dans le Larzac », comme disait Coluche. L’argument de la bougie, argument couperet que l’on entend encore, un tout petit peu, aussi dans quelques recoins peu aérés de la gauche, du côté de Jean-Pierre Chevènement, ou chez quelques notables locaux PS qui ont des centrales sur leur terres… Cet argument avait peu ou prou disparu même de l’UMP grâce à des personnalités comme Alain Juppé, Jean-Louis Borloo ou Nathalie Kosciusko-Morizet. La droite, ces dernières années avait enfin arrêté de caricaturer l’écologie. Nicolas Sarkozy s’était même mis à parler de « croissance verte » ! Une révolution aussi importante que, je cite : « l’abolition de l’esclavage ». Le discours écologiste était, pourquoi ne pas le croire, sincèrement intégré dans le programme de la majorité.

Mais il y avait une limite à ne pas dépasser : le nucléaire.

Oui, là, pas touche ! Avec le nucléaire, on est quasiment dans l’identité nationale… Il y a donc désormais trois positions qui s’affirment sur le nucléaire. Celle des écologistes : sortir du nucléaire en 20/30 ans, cela suppose un changement radical de notre mode de vie, celle de l’UMP qui veut donc garder la part du nucléaire très élevée. Et puis il y a l’option de François Hollande qui consiste à réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50 % afin de dégager des crédits pour le renouvelable. Personne ne peut dire quelle serait la solution la plus coûteuse puisque le statu quo sarkozien implique d’onéreuses transformations des plus anciennes centrales alors que la réduction Hollandienne, conduit à un démantèlement d’anciens réacteurs dont on ne sait pas vraiment évaluer le coût. C’est donc une décision éminemment politique qui nécessite enfin un vrai débat. Il est assez étrange que le Président puisse dire, qu’on n’ait « pas le droit de rompre 60 ans de consensus politique sur le nucléaire ». Il s’agit d’un consensus basé sur zéro débat public et des années d’opacité. Finalement la comparaison de Nicolas Sarkozy entre l’abolition de l’esclavage et la conversion écologique de notre économie, donnait bien la mesure des bouleversements à venir. On peut la pousser plus loin. En 1781, Condorcet écrivait Réflexions sur l'esclavage des nègres . Il y prévoit bien qu'une abolition bouleverserait l'économie mais il affirme que c'est le sens de l'Histoire. Pourtant les « nègres » -comme il dit- ne sont pas décrits à l'égal des blancs et Condorcet n'échappe pas aux préjugés de son temps. Il sait qu'il faut en finir avec l'esclavage mais il est encore raciste. Nous, c’est pareil : on sent qu'il faudra bien en finir un jour avec nos centrales nucléaires mais on est encore drogué à la croissance et à la consommation débridée.

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