François Hollande a évoqué hier, après Arnaud Montebourg, l’hypothèse d’une « nationalisation » du site de Mittal à Florange. C’est un acte économique mais aussi très politique !

Oui, le seul fait que cette éventualité soit brandie est un acte, effectivement, éminemment politique. Le plus gros danger qui pèse sur le gouvernement, sur le Président mais beaucoup plus largement sur la politique en ce moment, c’est le sentiment d’impuissance. Nos dirigeants ont-ils vraiment le pouvoir ? C’est la sourde question qui taraude nos sociétés dans un monde sans frontières économiques et financières. La nationalisation est un concept, qui sur le plan purement politique comporte un brin de magie. C’est l’Etat qui peut, c’est la manette du pouvoir qui répond. Pierre Mauroy disait ceci : « la nationalisation est une des formes du génie français ». Et seulement français effectivement…Quand les Anglais sont obligés de nationaliser une banque dont l’effondrement menace l’équilibre financier de la City, quand Washington rachète General Motors pour éviter le naufrage de l’industrie automobile des Etats-Unis, ils ne le clament pas, loin de là ! La presse et l’opinion s’inquiètent des répercutions sur les finances publiques. C’est vécu comme une dernière extrémité car l’Etat n’est ni banquier ni constructeur d’automobiles. Les Anglo-saxons sont des « nationalisateurs » honteux, un peu comme Lionel Jospin était un « privatisateur » qui ne s’en vantait pas. Voilà bien une spécificité française : la nationalisation ragaillardit notre orgueil colbertiste. Après tant de déclarations à la hussarde sur tant de dossiers, mais sans effets tangibles, Arnaud Montebourg, le « démondialisateur », notre redresseur d’industries, qui semblait être plus détenteur du portefeuille de la parole que de celui de l’industrie, brandit donc avec la nationalisation, son ultime arme !

Techniquement, il y a plusieurs sortes de nationalisations…

Oui, il y a les nationalisations sanctions, comme celle de Renault, après la guerre… les nationalisations idéologiques en 81 et les nationalisations sauvetages et temporaires comme Alsthom en 2003. Là, sur le strict plan économique, il ne s’agit (il ne s’agirait) que de la troisième catégorie, la nationalisation sauvetage… elle doit être provisoire et ne s’opérer que si l’on connaît déjà le repreneur. Economiquement, si l’on est à des années lumières des nationalisations sanctions de 45 ou idéologiques de 81, symboliquement il en est autrement et Arnaud Montebourg ne se prive pas de manier ces symboles, politiquement très rentables. Il y a bien une dose de sanction et d’idéologie dans cet affichage politique vengeur et volontariste. Au moment où l’on s’aperçoit que le plan libyen pour sauver Petroplus n’a jamais vraiment existé, au moment où Bruxelles décide de ne pas renouveler les mesures anti-dumping sur la fabrication des briquets fabriqués en Chine -et qui protégeaient Bic- bref, au moment où l’on se demandait à quoi sert Arnaud Montebourg, ses théories et ses mots, eh bien, la nationalisation potentielle de Mittal à Florange est une réponse ! Seulement si samedi, Mittal annonce qu’il ferme le site et si, dans la foulée il n’y a pas de nationalisation pour ne pas mettre en péril l’équilibre d’un groupe qui emploie près de 20.000 personnes en France ! Alors les charmes du hussard volontariste Montebourg seront, pour le coup, définitivement épuisés ! Et ce sera le retour en force de ce sentiment d’impuissance, cancer de la politique.

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