François Fillon écrase le match lors d’une primaire qui s’institutionnalise…

Oui, la primaire va, à n’en pas douter, devenir un codicille non écrit ajouté à la constitution, au moins pour les partis de gouvernement. A partir du moment où même la droite, qui en France était habituée au culte du chef, reconnait que le chef ne s’impose pas par l’évidence de sa puissance mais par une élection démocratique, à partir du moment où les électeurs de droite décident, à la surprise générale, de ne pas choisir le chef du parti, le plus autoritaire, ni le plus évident, le plus populaire, le principe de la primaire s’ancre pour longtemps… et il manquera certainement quelque chose, une patine démocratique, à ceux, qui, dans d’autres partis, se sont imposés en sur jouant l’homme ou la femme providentiel(le), au culot ou/et par héritage. A l’issue du 1ertour de la primaire, on pouvait encore croire que le score de F.Fillon n’était que l’addition du rejet de N.Sarkozy par les modérés et du refus d’Alain Juppé par le cœur de la droite. Le score et la participation du 2nd tour montrent qu’il s’agit d’un vote d’adhésion. La primaire n’est pas seulement une sélection de candidat, c’est aussi la définition d’une ligne politique. F.Fillon doit maintenant rassembler autour de sa ligne qui est centrale (sinon centriste) et clairement définie (sinon encore précise).

Ça fait donc un très bon candidat pour la droite !

Oui… Fillon est maintenant un candidat solide qui n’a plus (à un éventuel Bayrou près) qu’à s’occuper de ses adversaires : la gauche et l’extrême droite. Mais attention, les plus de 4 millions d’électeurs qui ont choisi un homme et une ligne sont-ils raccord avec l’ensemble des électeurs (16 ou 17 millions) que le candidat va devoir rassembler pour gagner la présidentielle ? Le programme, conservateur sur les sujets de société, et libéral, en forme de purge, sur les questions économiques, a plu à un électorat de la primaire, plus âgé et plus aisé que l’électorat tout court, beaucoup plus populaire. La population qui s’est déplacée à la primaire, d’après les premiers constats des élus eux-mêmes, ne sera pas la plus directement concernée par les mesures drastiques que propose François Fillon en matière sociale et de santé. Va-t-il s’adoucir pour rassembler ou va-t-il utiliser l’énergie de la radicalité de ses propositions pour continuer son chemin ? L’exemple Trump (même si

ni les hommes, ni leurs programmes ne sont comparables) peut inciter François Fillon à persévérer dans le tranchant et ses promesses de bouleversement du modèle social. Un autre indice suggère le contraire. Il y a quelques semaines, François Fillon exprimait, en privé, son étonnement devant la stratégie d’A. Juppé. Il estimait que le maire de Bordeaux, avec sa ligne modérée, brûlait les étapes et faisait une campagne de 1ertour de la présidentielle, pas d’une primaire. Est-ce à dire que F.Fillon va maintenant s’ouvrir et amender un programme taillé plus pour séduire l’électorat de la primaire que 50% des Français ? Pour le savoir, il faudra, de toute façon, attendre de voir qui (et avec quelle ligne) sortira de la primaire socialiste... Et aussi dans quel état !

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