Ce matin, vous revenez sur l’onde de choc –et les limites- du discours d’Emmanuel Macron consacré aux violences faites aux femmes.

Quelques jours après ce discours, on peut sans doute le placer au rang des discours, disons, fondateurs du mandat. En prononçant ces mots forts, de reconnaissance de la gravité et de la spécificité des violences faites aux femmes, en en faisant la grande cause du quinquennat, on peut penser en terme de trace historique – et toutes proportions gardées- au discours du Vel-d’hiv de Jacques Chirac, sur le rôle de la France dans la déportation des juifs. C’est-à-dire qu’il s’agit d’un discours qui change ou fixe la doctrine de l’Etat sur un évènement ou un fait de société. Mais il y a quand même une différence entre ces 2 discours, qui pour l’instant, réserve l’aspect historique de celui de samedi. Une différence de performativité… le discours du Ved’hiv est, par lui-même, simplement d’être prononcé, un fait politique réel. Pas besoin de budget ou de décrets d’application pour changer un symbole. Le discours d’Emmanuel Macron change le positionnement de l’Etat sur un sujet important mais ne change pas encore la situation qu’il dénonce. C’est bien la réalité notamment des quelque 420 millions d’euros annoncés qui feront que ce discours est historique ou pas. Pour l’instant, le doute est permis parce que ces sommes sont, pour beaucoup, des ré-annonces. Mais ce n’est pas qu’une question de moyens, il y a, par exemple, l’éducation, qui est de l’avis général, le 1er endroit où l’on peut contrer la fabrication des inégalités sexuelles. 

Justement, hier Jean Michel Blanquer nous a répété qu’il voulait réintroduire la notion de « respect » à l’école. 

Oui mais ce mot ne garantit rien… Tout le monde est favorable au respect à l’école. Que faut-il y respecter? L’adulte et son autorité d’abord, celui qui transmet le savoir, et les autres élèves, leurs différences culturelles ou sexuelles. On respecte l’autorité et les différences ! Mais justement insister sur l’indispensable respect, c’est, en quelque sorte, admettre les différences. Or beaucoup de ces différences sont des fabrications qui justifient le sexisme. Le respect seul condamne la violence sexiste mais pas le sexisme en lui-même. Pour lutter contre le sexisme ordinaire, dans les cours de récré, il faut inculquer le respect, certes mais aussi déconstruire les stéréotypes garçons/filles. Il n’y a pas de raison de douter de la volonté de Jean Michel Blanquer de lutter contre les stéréotypes, mais il ne prononce pas le mot de peur de relancer une fronde de la partie la plus conservatrice de la manif pour tous, toujours à l’affut d’une soi-disant opération de «dégenrage», et aussi de l’islam rigoriste, très présent dans beaucoup de quartiers ghettoïsés et qui exerce une puissante pression sexiste. Or, si le ministre veut vraiment que l’école détricote les stéréotypes, il retombera fatalement sur des instruments de type ABCD de l’égalité. Il faudra alors -pour que le discours du président ne soit pas que des mots- avoir le courage de défendre ces instruments et de ne pas les laisser caricaturer par l’alliance (pas si contre nature) de la manif pour tous, des prêcheurs de Valeurs Actuelles et des imams rétrogrades de banlieue.

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