L'édito politique par Françoise Degois. _____Nicolas Sarkozy est aujourd’hui dans les Ardennes, département où il avait lancé son slogan de campagne « Travailler plus pour gagner plus ». Le chef de l’Etat va annoncer des mesures sur l’emploi, en pleine crise financière - une crise qui crée la confusion politique. Nicolas Sarkozy, prince de la confusion. Ah comme il paraît loin, le temps de ce slogan ! Ce "Travailler plus pour gagner plus !" version moderne du célèbre "Enrichissez-vous, messieurs" lancé par François Guizot, ministre de Louis Phillipe. "Enrichissez-vous"... chut... aujourd'hui c'est un gros mot... Dans ce flot, que dis-je, ce torrent, que dis-je cet océan de milliards qui roulent, déboulent -ma poule- dans les caisses d'on ne sait qui pour soutenir on ne sait quoi exactement. 350 par ci, 1 700 par là, 25 000... - Excusez moi, je m'étrangle avec ma biscotte, je n'arrive même pas à prononcer ce chiffre - 25 000 milliards partis en fumée et les bourses qui chutent. Mais rassurez-vous, Nicolas Sarkozy est là. Parce que c'est ce que nous explique sa com, ses images, sa mise en scène. Il est à et presque plus à gauche que moi tu meurs. De gauche, il l'est le chef de l'état, puisqu'on vous le dit. Dans la tourmente mondiale, le voilà pourfandant le capitalisme amoral : Hou, le vilain ! Stigmatisant les parachutes dorés, fustigeant les paradis fiscaux : Hou, c'est pas bien ! Menaçant d'un index vengeur, tel le Dieu de Michel-Ange dans la Chappelle sixtine, les financiers responsables du cataclysme : Hou les affreux jojos ! Nationalisant partiellement, interventionniste en diable, sombre et grave comme il se doit dans la tempête. Oui, socialiste il l'est. Peut-être Nicolas Sarkozy, comme il l'a lui même dit devant le parlement européen de Strasbourg, la semaine dernière, bref, Nicolas Sarkozy a muté puisqu'on vous le dit, poussant le PS à virer encore plus à gauche... que lui ! Pan sur les banques ! Pan sur la capitalisme financier ! Pan sur les critères de Maastricht ! Et pan et repan ! Mieux que du tir à la carabine à la Fête de l'Huma ! Mais gare à eux, Sarkozy est candidat au Congrés de Reims et ils ne le savent pas encore ! Alors, Nicolas Sarkozy président de gauche ? Bien sûr que non. Nicolas Sarkozy reste Nicolas Sarkozy, conservateur ET libéral, sorcier de com et prince de la confusion. Capable d'annoncer, dans un discours sur la crise à Annecy, le retour de la politique, avec un grand P... en glissant au passage la suppression temporaire de la taxe professionnelle, au bonheur du MEDEF ! Capable d'annoncer la nationalistaion partielle des banques et, dans le même temps, ne pas renoncer à la privatisation de la poste. Capable aujourd'hui, dans les Ardennes, de dévoiler, crise oblige, sa mesure d'assouplissement des CDD. Capable de plaider le retour en force de l'état tout en dégraissant la fonction publique. Capable de pourfendre le capitalisme outrancier sans reculer d'un millimètre sur le bouclier fiscal. Alors bien sûr, la crise va réhausser l'image de Nicolas Sarkozy. C'est normal. Quand il pleut, on s'accroche à son parapluie. En temps de crise, on s'accroche à son Président. C'est absolument naturel. Mais tout cela retombera comme un soufflet parce que même le meilleur communiquant au monde ne peut pas empêcher la marche du réel, en l'occurence le rouleau compresseur de la récession. Quelle solution réelle, efficace, peut sortir de la confusion volontairement entrenue des idélogies, des genres et même des sentiments ? La réponse est simple : Aucune.

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