Ils seront là, à 13h, côte à côte, dans le cortège à Paris, pour la photo : Martine, Harlem, Benoit et les autres. Ce sera un peu comme dans un film de Claude Sautet, de vieux amis de longue date, qui se retrouvent, certains ont traversé une mauvaise passe. Officiellement, s’ils se mobilisent, c’est parce que la loi n’a pas encore été promulguée, et comme pour le CPE en 2006, les choses de la vie peuvent encore basculer. En vérité, les dirigeants du PS ne croient pas une seconde au Grand soir. Ce n’est pas dans leur culture. Pour eux, le feuilleton « retraites » est plié. Et ils ont déjà le regard tourné vers les primaires. Personne n’est dupe dans les manifs : tout le monde sait très bien qu’il y a toujours une arrière-pensée chez les politiques. Il y a un petit côté récupération quand ils se glissent dans les cortèges. Il faut reconnaître que le temps est révolu où Josiane Balasko engueulait les socialistes, au sujet des mal logés. Martine Aubry a réussi à faire défiler le PS sans qu’il ne se fasse siffler. Mais ça s’arrête là. Le parti en est au même point au sortir du conflit, avec une sensation de polyphonie sur la question des retraites. Dominique Strauss-Kahn, le plus populaire à gauche, ne voulait pas du dogme des 60 ans. Benoit Hamon, le porte-parole, à l’aile gauche du parti, veut renégocier avec les syndicats l’allongement de la durée des cotisations, pourtant acté par la première secrétaire. Mais quelle est donc la position commune ? Il y a eu enfin ce match, désormais poli, entre Aubry et Royal, qui finit par lasser. Après cette séquence mi-figue mi-raisin, Martine Aubry veut passer à l’étape suivante : la fin du quinquennat sera sociale. La maire de Lille l’a bien compris, et cherche désormais à se glisser sur la photo entre Laurence Parisot et François Chérèque. Sur ce terrain-là, le social, elle dispose d’un savoir-faire et de plusieurs longueurs d’avance sur un DSK toujours empêché à Washington. Martine Aubry candidate en 2012, elle y croit ?En tous les cas, elle fait tout pour. Mais en interne, les critiques fusent : pour mener campagne, il faut être réactif, présent tous les jours, alimenter le débat, ça ne va pas assez vite, il en faudra plus pour battre un Nicolas Sarkozy même affaibli, etc. Souvenez-vous, en 1980, la détestation de Giscard n’avait pas suffi. Mitterrand s’était imposé parce qu’il portait 110 propositions, dont l’une des plus emblématiques, la 53ème, l’abolition de la peine de mort. Sur le papier, le futur candidat socialiste aura un boulevard devant lui. Mais le PS aujourd’hui est plus un simple accompagnateur du mouvement social, que le porteur d’un réel projet d’alternance pour 2012. Il ne pourra l’emporter qu’avec un programme clair, et une part de rêve. Une histoire simple, comme du Sautet.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.