Par Jean-François Achilli.

Vous avez suivi comme des millions de Français, le président à la télévision hier soir, et qu’avez-vous vu ?

Un candidat-président. Déjà en campagne. Voilà, c’est chose faite. Cette chronique est même terminée, j’ai tout dit.

Bon, plus sérieusement, le président a voulu apparaitre calme, rassurant, il nous a expliqué qu’il ne s’était pas énervé à Bruxelles, avant de nous détailler le plan de sauvetage de l’Europe, en le dramatisant à l’extrême : « s’il n’y avait pas eu d’accord, a-t-il affirmé, le monde entier aurait sombré dans la catastrophe ». Le Masterchef, c’était donc lui. Nicolas Sarkozy, le président qui « agit, au lieu de parler », le sauveur du Vieux continent, oubliant presque au passage une certaine Angela Merkel, pourtant la grande bénéficiaire de l’opération…

Puis, deuxième phase, plus incisive, plus nerveuse, le chef de l’Etat a défendu son bilan, lui qui n’est pas candidat, du moins pas avant fin janvier, début février. Son slogan « travailler plus pour gagner plus » a été réactualisé en « travailler plus et travailler mieux »... ça coûte moins cher. Sa priorité ? Réduire la dette. « Le problème est que nous dépensons trop », a-t-il analysé. L’ennui est que c’est lui qui dirige le pays depuis 2007. Et tout cela serait la faute… à la crise, bien sûr. Mais pas seulement.

Nicolas Sarkozy s’en est pris également aux socialistes :

Et bien oui, les responsables de tous nos maux à ses yeux seraient les 35h de Martine Aubry, taclées à trois reprises, qualifiées de « catastrophe, de folie qui aurait mis la pagaille à l’hôpital, dans les usines ». Critiquée également, la retraite à 60 ans, entrée en vigueur en 1983 sous François Mitterrand. Ou encore les soixante mille postes dans l’éducation, proposés par François Hollande: « mais où va-t-on trouver l’argent », s’est interrogé le chef de l’Etat, qui sera « président jusqu’à la dernière minute », mais provoque déjà son principal adversaire.

Nicolas Sarkozy a esquissé le profil de sa future campagne ?

Il se posera en rempart de la crise, celui qui protège les Français. Mieux encore, il se rêve en héritier des De Gaulle Adenauer, ou Mitterrand Kohl, en proposant de s’adosser à l’Allemagne, sur le plan économique et fiscal.

Mais il y a eu des zones d’ombre hier soir. Le chef de l’Etat a minimisé les inquiétudes suscitées par l’arrivée de la Chine qui va pourtant s’installer dans l’économie européenne. Et son ton s’est durci à l’évocation des affaires, particulièrement le dossier Karachi.

Comme d’habitude, nous allons attendre les chiffres d’audience que nous allons comparer aux débats de la primaire socialiste, et les premiers sondages, qui vont alimenter les commentaires, « oral réussi, ou raté ». Ce qui va énerver tout le monde.

Une certitude : nous avons vu un président qui a semble-t-il remis les compteurs à zéro à Bruxelles, un peu comme si son mandat repartait. En fait, la campagne de Nicolas Sarkozy a débuté hier soir.

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