Par Marc Fauvelle.

Avis de tempête politique et sociale sur la Bretagne !

On aurait tort de minimiser ce qui s'est passé ce week-end dans le Finistère, et cette manifestation de colère contre l'écotaxe… Tort de n'y voir que la version celtique du ras-le-bol fiscal, le folklore des jets de choux-fleurs en plus.

Alors, quelque soit le nom qu'on lui donne, révolte, colère ou même jacquerie, il faut d'abord s'interroger sur la géographie de ce foyer. Pourquoi la contestation est-elle née en Bretagne ? Pourquoi y est-elle si forte alors que c'est une terre traditionnellement catholique, modérée, qui au passage, avait voté massivement pour François Hollande, à plus de 56% au second tour de la présidentielle. Pourquoi cette colère, alors même que la Bretagne a déjà bénéficié d'une ristourne sur cette écotaxe, qui y sera divisée de moitié ? Eh bien parce que ces portiques, installés au-dessus des routes, et qui seront chargés de contrôler les camions, y sont devenus le symbole de l'aveuglement de l'Etat autant que la bête noire des agriculteurs… Vous avez là une région qui souffre, qui voit ses emplois disparaître -un poste sur cinq dans l'agroalimentaire breton est aujourd'hui menacé de disparition des milliers d'autres ont déjà été rayé de la carte- et c'est un peu de la fierté bretonne qui coule avec eux.... Vous avez là une région qui a toujours été farouchement pro européenne, et qui se demande aujourd’hui, pourquoi Bruxelles lui impose la directive sur les travailleurs détachés, venus souvent des pays de l'Est, alors que le chômage y monte en flèche. On pourrait ajouter à cette liste, la loi sur la décentralisation, qui était censée lui redonner des pouvoirs et des couleurs et qui finalement, a accouché d'une souris, ou encore la promesse jamais tenue par François Hollande de ratifier la charte sur les langues minoritaires. Tout cela insuffle une inquiétude, qui s'est donc cristallisée, focalisée sur ces portiques d'acier imposés par Paris. La Bretagne demandait du respect et de l'attention, et un peu d’argent aussi, elle a eu le droit à un impôt de plus.

Et pourtant, les signaux envoyés à François Hollande n'ont pas manqué…

À commencer par ses proches… A l'Elysée, le maire de Quimper, Bernard Poignant, dispose d'un bureau juste au-dessus de celui du Président, et il l’a alerté à plusieurs reprises sur la situation bretonne. Idem, pour plusieurs de ses ministres, qui sont souvent d’ailleurs des hollandais historiques, à commencer par le ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll, ou celui de la défense Jean-Yves Le Drian... Il faut se souvenir que c'est en Bretagne, autour de ces mêmes amis, que François Hollande avait décidé de se jeter en catimini dans la bataille présidentielle en 2009, en Bretagne toujours, qu'il avait tenu son premier meeting d'entre deux tours. Il y a aujourd’hui autour de lui un vrai lobby breton qui pour l'instant prêche dans le désert ; idem, encore, pour les différentes notes des préfets, qui sont remontées ces dernières semaines jusqu'à l'Elysée, et qui voyait bien que le thermomètre social était en train d'exploser… La semaine dernière, une réunion a été organisée à Matignon, autour des parlementaires socialistes bretons, et plusieurs des participants en sont ressortis abattus. "On venait parler politique", raconte l'un des députés présents, "on nous a expliqué qu'on n'avait rien compris à l'écotaxe, et au final on nous a pris pour des pecnos"..... Voilà les pecnos contre les technos, ou le match Paris/province exacerbé par un défaut d'écoute de l'Elysée…

Alors il y a fort à parier ce matin que le gouvernement va bien céder sur l'écotaxe, peut-être d’ailleurs dès aujourd'hui. Jusqu'où ira-t-il... Simple report, ou enterrement en bonne et due forme ? En tout cas, le zigzag fiscal se porte bien, merci pour lui…

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