Le barrage de Sivens… Une controverse, comme il en existe depuis des décenniesen France.

Oui, des centrales nucléaires, des camps militaires, des barrages, des aéroports, des tracés d’autoroute ou des tunnels dans des vallées reculées ont toujours été contestés. Larzac, Plogoff, sont des noms (parmi tant d’autres) restés dans la mémoire collective qui retracent l’histoire de ces luttes contre une forme de gigantisme et de productivisme effrénés. C’est dans les années 70, vers la fin des 30 glorieuses, qu’une partie de la gauche, écologiste, alternative, s’est spécialisée dans la dénonciation de notre modèle de société vorace et destructeur. Le reste de la gauche, ultra dominante, socialiste et communiste, avait comme objectif l’égalité. Donc, de mieux distribuer les richesses… Donc d’en produire toujours plus. C’est la fameuse métaphore de la taille du gâteau… Même si François Mitterrand, en 1981, a accédé aux demandes de la gauche alternative qui représentait, à l’époque, une force vive dans la jeunesse, en stoppant le chantier du Larzac ou de Plogoff… les socialistes ont, en réalité, toujours encouragé un développement productiviste, qui se voulait créateur de croissance et générateur d’emplois. Il y avait, jusqu’à ces dernières années, au sein de la gauche, deux visions, presque irréconciliables, aussi différentes que pouvaient l’être un René Dumont, premier grand écolo français, apôtre de la fin de la croissance et un Georges Marchais, dirigeant communiste, ouvriériste, nucléariste et nourri à la planification industrielle. Ces deux gauches se distinguaient donc sur l’idée de la nécessité ou non de la croissance.

Et puis ces deux gauches se sont réconciliées, sur le papier du moins…

Oui, chacun a fait un pas idéologique et pragmatique vers l’autre. Les écolos qui ne voulaient pas de croissance ont commencé à parler d’une autre croissance ! Une croissance verte, un nouveau modèle qui nécessitait de nouvelles technologies, de la recherche et de la valeur ajoutée. Un langage que les socialistes pouvaient comprendre et aimer. L’évidence du réchauffement de la planète a achevé de convaincre les plus rétifs. Droite et gauche voient désormais la croissance verte comme un élément de modernité et une façon de sortir de la crise que nous vivons depuis 40 ans. Et pourtant… il reste des chantiers surdimensionnés, des chantiers qui sont, de par leur conception et leur raison d’être, parfaitement hors des clous de la transition écologique dont, par ailleurs, tout le monde se gargarise. Des chantiers soutenus principalement par des présidents d’exécutifs locaux soucieux de donner (c’est légitime mais c’est anachronique) du travail à leur économie locale, plutôt que de tenter de réorienter leurs territoires vers un modèle plus responsable. En ce sens, Notre-Dame des Landes et Sivens ne représentent pas, comme Plogoff ou la Hague, le combat entre deux modèles de sociétés concurrentes… mais bien le combat contre l’ersatz d’un modèle dépassé et qui est en train de disparaître sous sa propre graisse.

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